Quand soudain…

L’aventure quotidienne de Warda Mouldawa… Autofiction théâtroïde publiée initialement par épisodes sur facebook.
à Oumar Cisse, qui a milité pour le retour de Warda.
à Dany Laferrière, parce que raconter sa vie, ça peut être beau !
à Joann Sfar, parce que j’aimerais beaucoup rencontrer quelqu’un d’aussi drôle, mais pas marié et en plus jeune.


« Si je pouvais vous faire rire quelques instants à mes dépends, je me sentirais mieux : prêter à rire, il n’y a rien de plus généreux. » Romain Gary


Le retour de Warda
J’étais tranquillement planquée dans mon paradis fiscal, et puis, j’ai reçu un message : « Ton pays a besoin de toi. » J’ai eu la trouille.  J’ai cru que c’était le fisc, ou alors qu’il y avait eu une vraie révolution populaire en France. Mais non. Ouf. C’était Oumar Cisse qui me parlait de la patrie Mondoblog

 Bon, je suis d’humeur massacrante. Merci Oumar Cissé de m’avoir decryogénisée… J’attendais penarde le Grand Soir, et je me trouve dans une ville bondée de touristes qui envahissent MA terrasse de café préférée. Bande de noix.  Comme si vous pouviez pas aller chez Mac Dobeurk ou à la piscine ! … Ah, enfin, y en a un qui me laisse une table… Chut, là !  On s’entend pas réfléchir. … Oui, bon… bonjour monsieur.  Si… Si la chaise est libre ? Oh, mais… Oui. Oui. Je vous en prie. Ah vous asseoir avec moi?  Voui… Une thèse de lettres modernes   !  Il fait beau, n’est-ce pas? …  Et c’est une thèse sur quoi?… Oooh…  Ah, oui, oui, héhé, j’aime beaucoup les BD…  Mais, je lis aussi des vrais livres, hein! … Comment? … Si… Si superman est juif?  Hem… A dire vrai, je ne me suis jamais posé cette question…  Heu… Mais on peut regarder sur internet pour être sûr… Voilà, voilà… Ah, vous attendez votre maman…  Elle a de la chance…  Heu… Non, non, rien… Oui, bonne journée! Merci! Oui, vous aussi! … 


Accueillir Warda en résidence de création – fiche technique

Composition de l’équipe
Warda Suzanne Mouldawa
le tapis en laine artisanal
le totebag Tabernak je lis Jack Kerouak
la bougie en cire d’abeille
l’huile essentielle de lavande
la théière
la couette
les livres

Besoins techniques
Mangues – citrons -thé – pain aux noix – café – bananes – lait de coco – coriandre – patates – riz – oignons – cumin – raisins secs
électricité
eau chaude
endroit pas excentré ni trop bruyant, garni de plantes
piles
accès illimité dans au moins un café au choix de l’équipe
Un vélo avec sacoches

Médiation en lien
ateliers radio tous publics

Lieux de prédilection
ville de bord de mer, port, île

Lieux déjà appréciés de l’équipe
Madagascar, Maroc, Marseille, Martinique, Sète, Sicile

Lieux possibles
Partout


Quand soudain… Warda en vacances
Warda – air perplexe, a rêvé d’une Shérazade chantant « retiens la nuit » dans un cabaret berlinois. Se dit qu’elle devrait consulter les avis de son équipe psychanalytique tourangelle. Au totebag – Dis, tu peux te connecter telepathiquement aux autres ?
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – quasi vexé – Pfou, oui, quelle question ! – se concentre – Allô… Allô… Jacques Kapok pour madame Sarfati… Je répète… Kapok pour Sarfati…. À vous…
@@@ tiiii tititi… Iiiiuuuuu…. Rrrrrr cccrtt crrrt…@@@
Le tapis en laine artisanal – Allô, Sarfati pour Kapok… À vous, Kapok…
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Sarfati, quelles nouvelles de la base ?
Le tapis en laine artisanal – le type qui ressemble à Jürgen Klopp est venu arroser les plantes et leur faire la lecture, mais nous, bernique.
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Je transmets Sarfati. Sarfati, pouvez vous réunir l’équipe psychanalytique maison, c’est pour une comédie musicale ?
L’huile essentielle de lavande – en fond – Té, tête de noeud, tu crois qu’on joue aux boules sur la terrasse ?
Le tapis en laine artisanal – à l’huile essentielle de lavande – Süskind, si vous souhaitez participer à la conversation, annoncez-vous…

Quand soudain…
Une terrasse, à une table, trois membres du Club des Frites, particulièrement désœuvrés. Un distributeur automatique de sous.
Une femme brune à poitrine plantureuse passe.
Beauf 1 – Oh, 10 direct
Beauf 2 – se rince l’oeil – 10 ! 
Beauf 3 – claque du bec – 10,5 !
Warda – se dirige vers le distributeur
Une femme blonde en salopette passe.
Beau 1 – 5
Beauf 2 – Oh, tu es dur 6 !
Beauf 3 – 5.75 !
Rires gras.
Warda passe devant la terrasse.
Beauf 1 – 7 !
Beauf 2 – regarde la face B de Warda – 9 de ce côté là !
Beauf 3 – 7,45 !
Warda – s’arrête devant la table, lève ses lunettes de soleil, au serveur – Boh… 4 pour le tout, et gardez la monnaie…

Quand soudain…
9h. Sète, terrasse devant les Halles. Une table avec 3 messieurs grisonnants. Une table avec un monsieur qui ressemble à Karl Marx et qui lit Midi Libre. Une table avec Warda qui petit-dejeune un chausson aux moules. Un sémillant serveur qui fait des 8 entre les tables, le plateau arrimé sur la pulpe de ses doigts.
Monsieur grisonnant – Ro-yal ! Même impérial !
Autre monsieur grisonnant – Alors, c’est meilleur qu’au four, comme ça ?
Troisième monsieur grisonnant – Et ta femme, alors, elle en pense quoi ?
L’autre monsieur grisonnant et le troisième monsieur grisonnant – pouffent
Monsieur grisonnant – Oh celle-là, hein, qu’elle reste dans sa cuisine, et qu’elle me laisse sur ma terrasse ! – au serveur – Oh, gamin !
Le sémillant serveur – dépose un double café à Warda, hausse un sourcil en voyant le chausson aux moules
Warda – ‘Merchi’ !
Le sémillant serveur – poursuit sa course vers les messieurs grisonnants
Autre monsieur grisonnant – Ramène trois nouveaux cafés, tu seras gentil.
Le sémillant serveur – au monsieur grisonnant – Alors, comme ça, tu as rencontré miss France ?
Le monsieur qui ressemble à Dany Laferriere – traverse l’espace scénique de cour à jardin, à la manière d’un mérou somnambule.
Le monsieur grisonnant – fier – Et comment, que je l’ai rencontrée !
Autre monsieur grisonnant – Et alors, tu lui as montré ton beau jardin ?
Troisième monsieur grisonnant – Elle a passé la cuisine ?
Tous – pouffent
Arrivee d’un dernier monsieur grisonnant
L’autre monsieur grisonnant – Aah ! Voilà le jeune et beau !

Quand soudain…
France Culture –  » … Structuralisme-han… Bonjour-han…Warda – Aaaah !!!  – air prostré
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – soupir…
@@@ tititi tiiii liuuuu… Crrrt crrrt…@@@
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Kapok pour Sarfati, je répète, Kapok pour Sarfati ?
Le tapis en laine artisanal – Ici Sarfati, je vous écoute Kapok !
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Retour difficile, nostalgie du bain de mer et linguistique prévisible, billet de train retrouvé
Le tapis en laine artisanal – air grave – Mmmh… Risque de Sehnsucht avec objets… Ramenez des tielles ! »

Quand soudain…
Un troupeau de touristes paissant tranquillement place du Pouffre
Le Vieux qui peste derrière son journal – Ah ! Non mais, ‘gadez moi ça ! ‘gadez-moi ça ! C’est une tenue, ça, pour se promener en ville ! Est ce qu’ils se déguisent pareillement pour aller travailler ?
Warda – dans son T-shirt à pois noirs et blancs, slurpe avec une joie sournoise une citronnade – Probablement…


Quand soudain…
Warda et le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – airs tous fiers
Le livre Des Poches sous les yeux – plein d’espoir – Vous avez reperdu le billet de train ?
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Non, mais… On s’est fait traiter de bobos !


Quand soudain… Couleur café
Warda – écoute avec la discrétion la plus extrême la conversation de la table d’à côté.
Le jeune homme à barbe – parle un anglais hésitant entre celui de Warda et de Giscard
Warda – émerveillée – ça alors ! Je comprends tout !
La jeune femme qui prend du Fervex – parle un anglais avec accent américain
Warda – tend l’oreille
Le jeune homme au porte-clef ISTANBUL – s’assoit de l’autre côté de Warda – Un café sans le sucre, s’il vous plaît. Avec ce n’est pas bon ! 😊
Warda – émerveillée – Un connaisseur…
Le jeune homme au porte-clef ISTANBUL – slurpe son café
Warda – slurpe le sien
Ils se sourient
***Voix off : « Comment ça, « merde alors » ? But toi are French ?!  » ***


Quand soudain… Dans le train
Voix SNCF – « Notre train est arrêté en pleine voie, des blocs de béton ont été posés sur la voie. Pour votre sécurité, merci de ne pas tenter d’ouvrir les portes.
Les voyageurs – grognent, ronchonnent, gros-motent
Le livre Des Poches sous les yeux – tout fier – Y sont vachement fort à Radio Béton.
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Ben, c’est juste dommage d’avoir visé la rase campagne bordelaise… Gare de Sète, c’était plus commode.
Warda – Chuuut … Pas trop fort, on va encore dire que c’est de notre faute !
Tous – regardent avec effroi le type au T-shirt stade français, qui mâche un sandwich jambon de pays en disant plein de gros mots, même à ses enfants

Quand soudain… Un air d’Italie…
Voix SNCF – « Mesdames, messieurs, il s’agit d’un morceau de parapet, qui s’est détaché du pont routier… – sans aucune conviction – des jeux et coloriages sont à disposition en voiture 3…
La dame a l’air pincé qui sert son sac à main – vient pour la Xième fois fermer la porte automatique cassée en faisant « Rhoooo ». La coince.
Un type dodu – lutte pour ouvrir la porte en faisant « pfffffff » L’ouvre à moitié.
Des tas de mères avec des sales gosses braillards se faufilent de profil jusqu’au WC.
Des thermos de café apparaissent. Le Radeau de la méduse est dans tous les esprits. Il va falloir rationner les bananes…

Quand soudain…
Warda – s’engouffre dans le premier train complet pour Tours, après avoir entendu un contrôleur dire qu’il arrivait voie 3. Tire sa valise obèse à l’étage du wagon, la range soigneusement, puis se calfeutre sur la petite banquette inter-wagons.
Soudain, une arrivée torrentielle de touristes en sandales et à valises obèses. Flot ininterrompu de l’escalier à la voiture 16, sombres histoires de places usurpees. Sur le quai un enfant qui braille. La mère tire la valise d’une main, l’enfant de l’autre. Il entrent voiture 16.
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Horreur !
Ils montent à l’étage.
Le livre Des Poches sous les yeux – Horreur !
L’enfant – hurle sans discontinuer et sur la même note, en AAAAH. Il fait parfois des variations en HIIIIINNN.
La mère – largue l’enfant sur la banquette à côté de Warda – Je vais ranger la valise. Attends moi là.
L’enfant – HIIIIINNN !!!
Warda – Horreur !
L’enfant – regarde sa mère s’éloigner en hurlant. Puis s’arrête. Il tâte Warda de ses mains potelées. Puis commence à s’endormir dessus.
Warda – soupire, prenant son rôle de coussin au sérieux, tend les bras vers la droite pour continuer sa lecture.
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – sur les genoux de Warda, jaloux – Tssss… Non mais quel sale gamin !
La mère – réapparaît, s’assoit sans ménagement à côté de l’enfant
Warda – poussée contre la cloison, dont sa joue épouse la moquette grise – Outch ! – tend le livre Des Poches sous les yeux à bout de bras
Le livre Des Poches sous les yeux – au totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Je vole, Sac ! 


Quand soudain… En Biocoop
Warda – le bec enfariné, accroché un sac en papier sous le distributeur de lentilles vertes
Un jeune homme en espadrilles – accroche un sachet en papier au distributeur de boulgour
Warda – regarde le jeune homme en espadrilles
Le jeune homme en espadrilles – regarde Warda, lui sourit
Le boulgour – deborde du sachet – chhhiiiiiiiiiiiiiii…
Warda – Perdu !


Quand soudain…
La Voisine – à son poste, voit poindre Warda à l’horizon sur le vélo Carmen Cru sans freins
Warda – freine avec ses pieds, passe à une allure modérée devant la Voisine – frrrrrrrrrrrrrooooooottttte…….
La Voisine – suit des yeux la trajectoire de Warda
Warda – a mal évalué sa distance de freinage, collision avec les poubelles – BONK ! – recule, frotte son pantalon et son pull pour se donner une contenance
La Voisine – Comment qu’ça s’fait qu’t’as r’sorti c’t’épave !? Et l’aut’, que t’as ramené, y a deux jours de ça, qu’est-ce t’en nas fait donc ?
Warda – toujours à cheval sur le vélo Carmen Cru, le front bas – C’est que les pneus de l’autre sont tous dégonflés…
La Voisine – Et le tricycle ? – comprendre : le vélocity
Warda – frissonne d’horreur – Oh, celui-là ! Je l’ai ramené d’où il venait !
La Voisine – T’as bien raison ! Faut pas s’laisser emm…der !


Quand soudain…
Le tapis en laine artisanal – Je suis celui qui a les plus beaux cheveux !
Les autres – admiratifs – Oooh…
L’huile essentielle de lavande – Je suis celle qui a le parfum le plus envoûtant !
Les autres – Oooh…
La bougie en cire d’abeille – Je suis la plus lumineuse !
Les autres – Oooh…
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Je suis celui qui attire tous les compliments !
Les autres – Oooh…
La couette – Mi, chu la plus chaleureuse !
Les autres – Oooh…
Les livres – Nous sommes les plus instruits !
Les autres – Oooh…
La statuette en bois de rose – Je suis la plus précieuse !
Les autres – Oooh…
Warda – heu… – l’assemblée attend – Je… Heu… La Voisine m’appelle Priscilla.
Les autres – Oooh…


Quand soudain…

Warda – regarde avec plaisir ses nouveaux coussins
L’huile essentielle de lavande – air jaloux – Ah, tout nouveau, tout beau !
La couette – air jaloux – In n’est pu chez soi !
Warda – tapote les coussins d’un air satisfait
Le tapis en laine artisanal – Oy ! N’ai je donc tant vécu que pour cette infamie !
La bougie en cire d’abeille – air jaloux – Puisque c’est comme ça, allons-nous en, puisqu’on est de trop !
Tous – se traînent et se roulent au fond du couloir.
Un temps
La bougie en cire d’abeille – Voilà, voilà… On est partis, on a tout laissé…
Un temps
L’huile essentielle de lavande – Mais… C’est qui fait tout noir ici…
Le tapis en laine artisanal – froussard – Je vous interdis d’en parler !
Ils se serrent les uns contre les autres
Warda – On peut savoir ce que vous fabriquez là bas
Airs honteux
Le tapis en laine artisanal – On… On jouait à la ségrégation socio spatiale !
Warda – …bof…
L’huile essentielle de lavande – Mais on allait justement revenir !


Quand soudain… Psychanalyse
France Culture – « … Freud a donc vécu ses derniers jours sur un divan…  »
L’huile essentielle de lavande – au tapis – Oh, monte le son, tu veux ?
Le tapis en laine artisanal – s’exécute
France Culture – « … Il avait recouvert LE divan d’un kilim… »
Le tapis en laine artisanal – tout fier – Quelle passionnante émission !
France Culture – « … Il règne une odeur très particulière dans cette pièce, peut être est-ce les livres…  »
Les livres – Ah !
France Culture – « Ou le tapis… »
Le tapis en laine artisanal – Ah !
France Culture – « Ou les cigares… »
La bougie en cire d’abeille – Ah !
France Culture – « Je suis fasciné par cet endroit… »
Tous – airs fiers et importants

Quand soudain…
Le tapis en laine artisanal – Bon moi, je fais le divan.
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Moi, je fais l’hystérique !
Le tapis en laine artisanal – aparté – On s’en serait douté…
La bougie en cire d’abeille – Mais qui fait Sigmund, alors ?
Le tapis en laine artisanal – coule un regard vers l’huile essentielle de lavande – Oh, il faut quelqu’un qui n’a pas peur des questions indiscrètes…
L’huile essentielle de lavande – Oh, mais c’est tout moi, ça !
La bougie en cire d’abeille – … Bon… On va pas faire dans la dentelle… Moi je fais le cigare.
La couette – Et mi, ch’peux faire la Bonaparte, astheur ?

Quand soudain…
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – se contorsionne sur le tapis en gémissant – Ah ! … Ah !
Le tapis en laine artisanal – aparté – Le Cri de Munch doublé de notre dame des sept douleurs, ça promet.
L’huile essentielle de lavande – air docte et appliqué – Bien… Bien, bien, bien… Parlez-moi de votre mère…
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Ah ! Quelle femme ! Je l’admire ! Je lui dois tout ! 
La bougie en cire d’abeille – … Mais t’es un sac !
L’huile essentielle de lavande – agacée – Oh, merde, le cigare, là ! Tu viens de casser mon transfert !
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – voix de starlette – Ah oui, hein ! Ça va pas aller comme ça, hein ! Je vous préviens, si on m’interrompt toutes les cinq minutes…
Le tapis en laine artisanal – moqueur – Son rôle l’habite.
La bougie en cire d’abeille – sent que ça tourne vinaigre – Bon, je ne dis plus rien, allons-y.
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – vindicatif – De toute façon, les cigares, ça parle pas. Et toc.
L’huile essentielle de lavande – Bien… Vous parliez donc de votre mère… Pouvez vous la décrire ?
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Une grande belle femme brune, en coton bio tissé-teint, sérigraphiée, une pièce rare… D’une grande valeur…
L’huile essentielle de lavande – Bien… Quels étaient vos rapports ?
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – C’est difficile à décrire…
L’huile essentielle de lavande – Bien… Alors si ça peut vous aider, prenez cette peluche et adressez vous à elle comme à votre mère…
Le tapis en laine artisanal – Mais ça c’est gestalt thérapie… Tu melanges !
L’huile essentielle de lavande – vexée – Ah, je mélange ? Je mélange ! Eh bien, ça fera 50€ et c’est tout pour aujourd’hui !


Quand soudain…
Le type aux cheveux gras – air salace – « Et vous alors, vous faites quoi, pour déconcentrer l’adversaire ?
Warda – impavide – Je parle.
Le type aux cheveux gras – condescendant – Ah, vraiment ? Et s’il est sourd ?
Warda – gracieusement – À Dieu ne plaise !
Le type aux cheveux gras – visage peint d’incompréhension – … ?
Warda – amusée – N’est-ce pas ? – lève son verre en direction du type, slurpe une gorgée, œil rieur
Le type aux cheveux gras – …


Quand soudain…
La Voisine – C’est qu’tu dois êt’ bien tranquille, toi, là-haut ! Avec l’aut’, là, qu’est parti en vacances !
Warda – considère le petit voisin du dessous qui hurle à la mort de préférence entre 4h57 et 6h23 et de 23h01 à 00h26 – C’est relatif…
La Voisine – Il est parti au bled pour se marier !
Warda – curieuse – Ah bon ? Où ça ?
La Voisine – En Algérie, mais où donc, je sais pas, hein, j’ai pas l’adresse exacte… Sa mère voulait m’emmener avec eux ! J’ai dit non, à mon âge, j’vais pas m’embarquer dans une expédition pareille !
Warda – sautille – Oh ben moi, je veux bien y aller à votre place ! Moi, je veux bien y aller, au mariage !
La Voisine – sourcils froncés, poings sur les hanches – Ah ! Et tu crois que j’vais t’laisser aller là-bas toute seule !


Quand soudain…
La fille au T-shirt à rayures – Pour ton anniversaire, je vais t’offrir un livre de cuisine !
Warda – slurpe son thé, d’un air maussade
Le tapis en laine artisanal – air compatissant
L’huile essentielle de lavande – Oh pas de blague, hein ! Qu’elle apporte plutôt des supions prêts à manger !
La couette – Une tarte au Maroilles, ou une tarte au chuc’ !
Le totebag Festival International Jean Rouch – Des maaaangues ! 
Le livre Des Poches sous les yeux – Une bouteille de Syrah ou de Chasse-Spleen !
Le totebag Tabernak je lis Jack Kerouac – Des fleurs van Uffelen !
La bougie en cire d’abeille – l’album 6 du Chat du Rabbin, qu’on est passés du 5 au 7 !
Warda – Mais… On lui dit qu’on a mangé tout le clafoutis ? Et que c’était bon ?
Le tapis en laine artisanal – Oy ! Non, surtout pas ! Il est des vérités trop difficiles à croire !


Quand soudain…
La Voisine – Air de Marthe Villalonga – Ah ! Voilà ma petite préférée !
Warda – air méfiant
La Voisine – Sur ton trajet, y aurait bien la poste, non ? – air inquisiteur
Warda – plisse les yeux – Ah, mais ! C’est que mon vélo fait partie de votre flotte GPS ? 
La Voisine – Qu’est-c’est qu’ça, encore, une flottegépéhesse ?
Warda – C’est un ustensile indispensable pour les zoeils de Moscou !
La Voisine – amusée – Oeil de Moscou, rien du tout ! Par contre, j’ai là deux lettres… – les lettres apparaissent magiquement sur l’appui de fenêtre. Air de pauvre petite vieille dame – Alors, puisque tu passes par la poste…
Warda – qui ne passe pas du tout par la poste – Bon… Heu… Je peux faire en sorte de…


Quand soudain…
Le tapis en laine artisanal – lit avidement le journal
La bougie en cire d’abeille – Dis, y a des jeux à la fin ?
Le tapis en laine artisanal – tourne les pages à bout de franges – Oui, des mots croisés, des devinettes…
La couette – Dis, lis-nous le cuize !
Le tapis en laine artisanal – gêné – Le… Le quoi ?
La couette – Ben, le cuize ?
Le tapis en laine artisanal – … Heu…
L’huile essentielle de lavande – Oh dis, t’as les portugaises ensablées ? Le couizeuh qu’on te dit !
Le tapis en laine artisanal – decille – Ah… Le quizz !


Quand soudain…
Le type aux cheveux gras – air salace – « Et vous alors, vous faites quoi, pour déconcentrer l’adversaire ?
Warda – impavide – Je parle.
Le type aux cheveux gras – condescendant – Ah, vraiment ? Et s’il est sourd ?
Warda – gracieusement – À Dieu ne plaise !
Le type aux cheveux gras – visage peint d’incompréhension – … ?
Warda – amusée – N’est-ce pas ? – lève son verre en direction du type, slurpe une gorgée, œil rieur
Le type aux cheveux gras – …


Quand soudain…
Warda – apporte fièrement sa dernière tentative culinaire, qui s’avérera être son dernier échec culinaire – Voilà, j’avais honte de toujours apporter du chèvre et du fromage. Alors je me suis lancée.
La fille au T-shirt à rayures – air circonspect
Le type qui ressemble à Jürgen Klopp – se gratte la barbe.
Tous – goûtent la préparation
Warda – mâche – Bon c’est insipide…
Le type qui ressemble à Jürgen Klopp – C’est… C’est quoi le truc rose ?
La fille au T-shirt à rayures – … Sinon, chèvre et vin, c’est très bien, hein…
Warda – Merci. Vous êtes vraiment de bons amis. Voilà, je ne complexe plus. J’arrête la cuisine.


Quand soudain…
Warda – à plat dos sur le tapis en laine artisanal, un oreiller sous la tête. Les bras en croix, les jambes appuyées sur la chaise en formica, un torchon humide sur la figure.
La bougie en cire d’abeille – Pour moi, c’est la foire au basilic, ce matin. Elle a pas supporté… Tous ces touristes qui prenaient en photo le totebag « Tabarnak je lis Jack Kerouac »…
L’huile essentielle de lavande – Eh ben…
Le totebag « Tabarnak je lis Jack Kerouac » – Je suis trop beau, trop mignon… C’est pas de ma faute. Y a les sacs à provisions, et y a.. MOI !!!
Le totebag Festival International Jean Rouch – Petit mer…x va… Personne ne chante « Cocorico monsieur Poulet  » sur ton passage…
L’oreiller – Chuuut ! Elle se concentre !
Tous – Ah ?!
Le tapis en laine artisanal – Oui ! Elle cherche des mots en -gogue.
Tous – airs consternés
Warda – démagogue… Sialagogue… Pédagogue..
Le tapis en laine artisanal – concentré – Synagogue !
Le totebag Festival International Jean Rouch – amusé – Emménagogue !
L’huile essentielle de lavande – hésitante – Apologue ?
Warda – voix souffreteuse – N… Naaan…
La bougie en cire d’abeille – Grog ?
Warda – … Naaan…
La chaise en formica – Pogs ?
Warda – amusée – Nan !
Le totebag Festival International Jean Rouch – Églogue ?
Warda – voix d’outre-torchon – Nan…
Le totebag « Tabarnak je lis Jack Kerouac » – Heu… Moi ! Moi ! – l’Assemblée retient son souffle – Gogues !
Tous – … Crrr crrr crrr


Quand soudain… Question indiscrète…
L’huile essentielle de lavande – au tapis en laine artisanal – Oh ! Je peux te poser une question ?
Le tapis en laine artisanale – acquiesce
L’huile essentielle de lavande – air gourmand – … indiscrète ?
Le tapis en laine artisanal – regrette déjà, mais acquiesce sans conviction
L’huile essentielle de lavande – ton de confidence sur l’oreiller, air réjoui – Bon, alors… Quand elle te marche dessus, ça te fait quoi ?
Le tapis en laine artisanal – affreusement gêné, tousse et rougit – M… Mais ! Mais enfin ! Mais rien du tout ! Absolument rien ! Rien de rien de rien ! Avec tous ceux qui m’ont marché dessus, hein !
L’huile essentielle de lavande – air déçu – Même quand elle se met sur la pointe des pieds pour atteindre le dernier rayonnage de la bibliothèque ?
Le tapis en laine artisanal – tout rouge – Mais non, mais rien, mais non ! Mais n’importe quoi ! Ah ! Vous ne pensez vraiment qu’à ça, dans le Sud !
L’huile essentielle de lavande – moqueuse – Hem… Pardon, hein… Tu devrais faire un duo avec le plaid polaire, alors !


Quand soudain… Toute ressemblance serait fortuite

La fille au T-shirt à rayures – air circonspect -Et comment ça se passe, si une personne se reconnaît dans tes statuts Facebook alors qu’elle n’a pas envie qu’on etale sa vie privée ?
Le type à lunettes – aspire pensivement une cigarette, conscient d’être lui même une interface entre la liberté d’expression et créatrice de l’artiste et les suppôts du capitalisme
Warda – pour elle-meme, flattée – Oh mais alors, la dimension documentaire de mon œuvre est supposable ! – à voix haute – Mais comment une personne pourrait sérieusement se reconnaître dans un personnage qui n’est pas nommé, ni vraiment décrit, dont l’existence réelle n’est même pas revendiquée par – rougit – l’ « auteur » ?
La fille au T-shirt à rayures – Mais si quelqu’un se reconnaît quand même ?
Le type à lunettes – masse un coin de moustache d’un air pensif, se demandant s’il ne s’agit pas de co-construction littéraire à l’aveugle, sans pour autant témoigner d’un handicap sensoriel manifeste.
Warda – mangeant salement un pomelos – Si quelqu’un se reconnaît, il est soit parano, soit très imbu de sa personne…
Le Totebag tabernak je lis Jack Kerouac – Ben voyons…

Quand soudain…
Le tapis en laine artisanal – se redresse sur le bout de ses franges et s’observe sous tous les angles dans le bas de la psyché, se contorsionne, prend des poses.
L’huile essentielle de lavande – Oh, fada ! Tu te prends pour Grace Kelly ?
Le tapis en laine artisanal – Oy ! Je suis moi, c’est déjà lourd à porter…
L’huile essentielle de lavande – à la bougie en cire d’abeille- Vé, misère ! À deux poils du selfie !
La bougie en cire d’abeille – Rhoooo…
Le tapis en laine artisanal – Ah ! Déjà on m’accuse ! Je vérifie juste quelque chose.
L’huile essentielle de lavande – Et quoi !?
Le tapis en laine artisanal – minaude un peu – Mais quel genre de personne de qualité pourrait s’identifier à moi en lisant les statuts Facebook !


Quand soudain… Fruits ?
Warda – dépose trois gros agrumes, jaunes et dodus, sur le tapis de la caisse.
La caissière – les saisit, les observe un moment – Excusez-moi, mais c’est quoi ?
Warda – prise d’un doute affreux – Des… Des pamplemousses ?
La caissière – attrape la liste plastifiée qui recense tous les fruits et légumes, et leur prix au kilo – Pastèque… Poivrons… Prunes… Vous êtes sûre ? Je ne trouve pas…
Warda – hésite – heu… En tout cas c’est ce que j’avais envie de manger.
La caissière – rit, appelle sa collègue qui vient – Tu sais ce que sais, toi ?
La collègue – hausse les épaules, moqueuse – Bah ! Oui, des pomelos !
Warda et la caissière- airs honteux – Aaaah… D’accord…
Elles regardent les fruits avec un air connaisseur
Le monsieur agacé derrière – Bon alors ! Faut que j’aille voir le prix moi même ou quoi !?
Les trois – le regardent avec dédain
Warda – Et c’est quoi la différence, alors ?
La collègue – C’est un croisement, je crois ?
La caissière – Entre une orange et un pamplemousse alors ?
La collègue – Une orange sanguine, alors !
Warda – Ah oui, tiens, peut être !


Quand soudain… Rien
Warda – arrive en sifflotant sur le vélo Carmen Cru
La Voisine – Ah ben y a d’l’ambiance, ce soir ! V’là qu’elle siffle sur son bigadin !
Warda – Bonsoir !
La Voisine – C’est t’y qu’t as eu une augmentation ? Warda – fait non de la tête
La Voisine – qu’t’as gagné au Loto ?
Warda – Non de la tête
La Voisine – Que ta chaudière est réparée ?
Warda – soupire – Non plus…
La Voisine – Que t’es en vacances ?
Warda – sourit – Non !
La Voisine – air encore plus indiscret – Que t’as trouvé un amoureux ?
Warda – rit devant tant de sans gêne
La Voisine- Non plus ? … Ben alors… Pourquoi donc que t’es si contente ?
Warda – Pour rien ! Justement, pour RIEN !


Quand soudain… Tout conte fait…
La chaise en formica – Eh ben, quel appétit, ce soir !
Le totebag « tabernak je lis jack Kerouac » – air de celui qui en sait long – Quelle journée, aussi…
L’huile essentielle de lavande – Alors, raconte, endormi, que tu nous fais attendre le car en plein soleil, là !
La couette – Ui, m’fieu !
Les oreillers – pouh, toujours à faire l’intéressant, celui-la !
Le totebag – N’empêche que le seul qui sait, c’est le seul qui sort de la caverne…
Tous – pfffffff – font mine de faire autre chose.
Le totebag – eh ! Oh ! Elle est allée lire au café !
Tous – et alors !?
Le totebag – une dame qui marche avec une cane est arrivée, avec un monsieur.
Tous – et alors ! ?
Le totebag – elle a vu le livre qu’elle lisait.
Tous – et alors !?
Le totebag – Alors ils se sont assis à côté. Et la dame a parlé de Laferriere.
Tous – et alors !?
Le totebag – Alors elle a dit, en sachant qu’elle écoutait , « j’ai un livre dédicacé de Laferriere ! »
Tous – Et alors !?
Le totebag – alors elle a dit : « Quelle chance ! » et elle ont parlé de Laferriere avec la dame.
Tous – et alors ? !
Le totebag – Alors, elle était heureuse, et elle remerciait le ciel tout bleu d’avoir donné la poésie aux hommes pour qu’ils aient un prétexte pour se parler.
Le livre de mythologie grecque – pensif – les dieux sont avec elle…
Le tapis en laine artisanal – secouant ses franges – raconter si mal une si bonne histoire !
Tous – se tournent vers le tapis, pour connaître sa version.
Le tapis en laine artisanal – Alors, si elle remerciait les yeux vers le ciel, c’est une histoire de poésie franco-allemande de Normandie.
Le totebag – Pffff… Encore ?
Les autres – chhhhht ! Et alors ?!
Le tapis en laine artisanal – un clin d’œil au totebag – Alors rien, puisqu’on vous dit que c’est toujours la même Histoire !


Quand soudain… Coupe du monde
La Voisine – Z’avez entendu tout c’ramdam qu’y font !? Ah !
Warda – Ben alors ? Vous ne soutenez pas l’équipe de France ?
La Voisine – Ah, mais j’ai r’gardé l’match, moi ! Jusqu’au bout ! Sont drôlement cher payés pour s’qu’y font, m’enfin, ça fait passer l’temps… Chuis plutôt rugby moi.
Warda – Ah ?
La Voisine – Ben oui, chuis une fille du Sud-Ouest, moi ! Enfin Z’avez vu s’t’équipe de France, quand même ? J’voudrais pas dire,hein, mais…
### ding, ding, ding !!! Une menace a été détectée : discours raciste. Mise en quarantaine. ###


Le Dahu – roulé en boule contrariée dans son manguier. Sourcils en accents circonflexes. Queue sur la truffe.
Un long moment passe.
Un enfant – arrive au pied du manguier. Il cherche le Dahu des yeux. Ne le voit pas. S’asseoit par terre.
Deux autres enfants arrivent et font de même. Puis un autre. Puis un autre.
Le Manguier – Mais enfin ! Tu vas bouder encore longtemps ?
Le Dahu – Oui ! Je veux être un truc effrayant, et très méchant ! Avec des grandes ailes griffues, qui crache du feu, qui démolit tout. Qui fait plein de bruit ! Qui fait peeeeeuuuur !!!
Le Manguier – Et pourquoi ?
Le Dahu – Parce que !
Le Manguier – Tu es sûr ? – écarte subrepticement une branche
Le Dahu – passe sa truffe entre deux mangues, voit tous les enfants assis au pied de l’arbre. Air circonspect. Avance un peu plus hors de sa cachette.
Un enfant – voit le Dahu, est tout heureux – Regardez il est là !
Toutes les têtes d’enfants se tournent vers la branche indiquée par le doigt. Oooh  ! Il est beau ! Comme il est mignon !
Un enfant – tend les bras – Viens, Dahu !
Le Dahu – flatté – Rrrrrr miark !  – descend prudemment vers les enfants
Le Manguier – Alors, tu les veux quelle taille, tes ailes ? Avec ou sans écailles ?
Le Dahu – de mauvaise foi – Pfffft ! Pfffft !


Quand soudain… Telle fille
La Vieille Dame au gilet rouge – Regarde Warda fixement
Warda – regarde derrière elle, puis la Vielle Dame, puis hausse un sourcil
La Vieille Dame au gilet rouge – regarde toujours Warda avec insistance
Warda – gênée, se regarde par reflet dans une fenêtre, voir si sa coiffure ou sa tenue on quelque chose d’inconvenant.
La Vieille dame au gilet rouge – attire l’attention du Vieux Monsieur qui lit un journal sur Warda, oubliant d’être discrète.
Warda – se cache comme elle peut derrière son livre de poche
Le Vieux Monsieur qui lit le journal – rit voyant Warda gênée, il donne un léger coup de coude à la Vieille Dame au gilet rouge
Warda – aspire son eau pétillante l’oreille et l’œil hyper vigilants.
La Vieille Dame – jette de temps à autres des regards furtifs et souriants à Warda
Le Vieux Monsieur qui lit le journal – fait « rrrhooo… » quand la Vieille Dame au gilet rouge regarde Warda, en la regardant aussi
Plus tard
La Vieille Dame et le Vieux Monsieur se lèvent. En partant, la Vieille Dame s’arrête à hauteur de Warda
La Vieille Dame au gilet rouge – émue, avec un sourire, scrutant Warda – Je vous prie de m’excuser… C’est que… Vous ressemblez tellement, tellement à notre fille…
Warda – pour elle même – Magari…


Quand soudain… Aria
La Voisine – penchée à sa fenêtre, regarde le bitume d’un air grave.
Warda – apparaît, sautillante et joyeuse
La Voisine – Ah ! Te V’là, toi ! C’est l’Bon Dieu qui t’mets sur mon ch’min ! Ramasse-moi donc ce journal, là, qu’est tombé d’ma f’netre !
Warda – ramassant le journal, amusée – C’est que vous lisez à la fenêtre ?
La Voisine – De c’chaleur là ! Non, non, c’est pour caler le volet. Si je le ferme complèt’ment, j’vois pu rien, et là, ça fait du courant d’air.
Warda – air candide – Et c’est bien, ça, de voir les courants d’air ?
La Voisine – Hah ! Ca, c’est pas c’qui manque, dans le bâtiment ! L’aut’ jour, le gars du deuxième…


Quand soudain… Mode
Le lourdaud poli – Mademoiselle,vous êtes tellement élégante, vous travaillez dans la mode ? Vous êtes styliste ?
Warda – aparté, à son grand père – Hein, Grand-pere, on fait dans la confection ? ? – Oh quel flatteur ! Mais non, dans la radio, ce qui est moins chic !
On entend le rire du grand père, qui fut aussi technicien radio, il y a fort fort loin.


Quand soudain… De bric et de broc
Le type qui a vu l’annonce sur leboncoin – Ah, vous collectionnez les vieux bouquins ? Moi aussi, j’adore les vieilleries !
Les livres – crrrrrr!! ?
Warda – ?
Le type qui a vu l’annonce sur leboncoin – ça vient du Maroc, ça, non ? Moi aussi, j’ai fait le Maroc avec ma femme, Marrakech, Casa… Remarquez, on trouve ça chez Terres Natives aussi…
Le collier de M’Hamid et la melfa – crrrrrr !!! ?
Warda – ? chuuut
Le type qui a vu l’annonce sur leboncoin – recule, marche avec ses chaussures sur le tapis en laine artisanal
Le tapis en laine artisanal – Oy ! Être piétiné par une belle femme, passe encore, mais par un cuistre ?
Warda – chhhhht !
La couette – Astheur, ché loqué milorde, mais ch’n’a point d’aut’ élégance !
Warda – Chhhhht !
Le type qui a vu l’annonce sur leboncoin – Et vous payez dans les combien de loyer, ici ?
L’huile essentielle de lavande – Té! Vié d’az ! T’es d’la police ?
Le type qui a vu l’annonce sur leboncoin – sort la somme requise, embarque son achat, et disparaît dans le couloir.
Un temps.
Tous les objets – Ne me vends pas ! Ne me vends pas ! 
Warda – Ne craignez rien, aucun de vous n’a été trouvé à la déchetterie


Quand soudain… Labeur laborieux
Warda – assise à son bureau, derrière des piles de livres et de papiers, air déterminé – Grâce à mon travail, je vais devenir riche. Très riche !
L’huile essentielle de lavande – Té ! Autant tuer un âne à coup de figues molles !
Le tapis de laine artisanal – piqué – Et pourquoi non, je vous prie ?
Le magazine d’art contemporain – air inspiré – Ce qu’il lui faut, c’est un concept…
Les deux autres – Tssss….


Quand soudain… Rien
Warda – air exténué, soupir profond
La Voisine – Ben, qu’est-ce qu’elle a, la p’tite, à tirer une gueule de six pieds d’long, c’soir? Qu’est-ce qui s’passe ?
Warda – Rien ! C’est bien ça le problème ! Ah! – fait Martha Graham avec son chèche.
Le chèche – Elle est en RTT et le crapaud est resté un crapaud…


Quand soudain… Etre ou ne pas être…
Warda – le regard sur la ligne bleue des immeubles de Saint-Pierre-des-Corps
L’huile essentielle de lavande – Vé, le ravi de la crèche!
La bougie en cire d’abeille – Oh non! Elle a encore essayé de lire Schopenhauer!
La chaise en formica – Non, elle se demande si elle est une « artiste »
Un temps
Tous – hilares – Ahahah!!!
Le tapis en laine artisanal – Le pire est toujours certain!


Quand soudain… Effet de surprise…
La Voisine – à sa fenêtre, façon garde-barrière
Warda – arrive pleine de nonchaloir sur le vélo Carmen Cru, freine autant que faire se peut un coup sec devant la Voisine, et vivement, presque crié – Aujourd’hui, rien!
La Voisine – médusée
Warda – pouffe en rentrant son vélo


Quand soudain… Le retour du vélo prodigue !
Haha… Hoho… Hahaha… Hoho….(bis) – voix sirupeuse – J’ai retrouvé mon vélo-oh, et ma graisse à traire… J’ai retrouvé mon vélo, et son garde-boue arrière… J’ai retrouvé mon vélo, et on sort faire un tour… ? J’ai retrouvé mon vélo, on va faire fondre Tours! ?
Haha… Hoho… Hahaha… Hoho….(bis) – voix encore plus sirupeuse que tout à l’heure – Moi qui avais perdu espoir, je roulais vitre ouverte, sans dynamo dans l’noir, une selle trouée sous mes fesses,? plus saindoux que Léa, ou que Balibar Jeanne, je suis Clémentine-Suzanne, mais appelle-moi Warda !
Haha… Hoho… Hahaha… Hoho….(bis) – voix toujours sirupeuse – J’ai retrouvé mon vélo, et l’assurance dans la voix… J’ai retrouvé mon vélo, mais n’aie pas peur de moi… On ne perdra pas les pédales, sauf si tu en as envie… On ne te fera pas plus mal que velocity…


Quand soudain…
Deux jeunes hommes à la chevelure insolente – à Warda aux modestes poils-tête – Yeah, c’est pas encore pour aujourd’hui, le salon de coiffure !  Va falloir faire pousser un peu pour faire les nattes!
Warda – enfourche son vélo avec dignité  – Ah, toi, t’as la langue bien longue, reste à voir ce que tu sais faire d’autre avec ! 
Un des jeunes hommes – Scuuuuuud!!!   
L’autre – 
Warda – se sauve à vélo. Un peu plus loin s’arrête devant une vitrine,  observe sa chevelure avec inquiétude, tente d’aplatir une mèche.


Quand soudain… Cherche sommeil…
Le matelas en fibres de bambou – air appliqué, fait le dos bien droit pour Warda allongée sur lui
La bougie en cire d’abeille – Elle dort?
Les oreillers – relèvent leurs coins pour regarder Warda – mmmmh… Presque!
Le livre Des Poches Sous Les Yeux – soutient affectueusement la main de Warda, soupire en voyant qu’il n’est ouvert que page 30
Les lunettes de Warda – s’aplatissent progressivement sur l’oreiller – Ouf…
Le thé à la menthe – air fier – Ci grâce à moi!
L’huile essentielle de lavande – vexée – Té! Vé celui-là, qui se prend pour le marchand de sable!
Les oreillers – Chuuuuuut!!!
La couette – air désapprobateur, nappe Warda avec une délicatesse maternelle – Té m’fra du chagrin, si teu’n’dors pas ch’qu’à d’main!
Tous – observent Warda
Montant par la fenêtre ouverte sur la nuit, le « mrrrarrrk » caractéristique du chat de la Voisine
Tous – à la fenêtre – Chuuuuut!!!
La fenêtre – Vas-y, là! C’est pas moi! – s’adressant au chat de la Vosine – Chuuuuut!!!
Le chat de la Voisine – confus – Mrrrarrrk…
Un temps.
Warda roule sur le côté. Tous retiennent leur souffle.
Le livre Des Poches sous les yeux – glisse lentement vers le sol – Attttt…tention… – arrive délicatement sur le tapis en laine artisanal
Le tapis en laine artisanal – Oy! La chute de la Culture!
Le livre et le tapis – pouffent
Les autres – Chuuuuut!!!!
Un temps
Warda – ronfle légèrement
Tous – Aaah! 
Soudain, le barrissement caractéristique du petit voisin du 3e.
Warda – se retourne, geint
Tous – Pfffffff…


Quand soudain… T9 est un boeuf !
L’étude non rétribuée en ligne – « Citez un mot difficile à dire en langue française. »
Warda – réfléchit longuement. Cherche un mot rassemblant les sons [ɔ̃], [ɑ̃] et [ɛ̃], n’en trouve pas. Pense à « Quincampoix ». Cherche l’étymologie de Quincampoix, tout en se disant que ça n’irait pas de toute façon, l’étude demandant surement un nom commun, et puis il n’y a pas [ɔ̃] dans Quincampoix.
Le site de toponymie – « A qui qu’il en pèse. » Ou « qui qu’en écrase »
Warda – pensive – La vie serait plus simple, si on disait « Quincamponx », « Inlençon » et « Contentin »
L’étude non rétribuée en ligne – Souhaitez-vous enregistrer et répondre plus tard?
Warda – clique sur « continuer » – Ahlala… degré zéro de la patience…
L’étude en ligne non rétribuée – …
Le site de toponymie – Le Cotentin est une péninsule française correspondant globalement aux limites de l’ancien pays normand du même nom autrefois appelé Pagus Constantiensis (pays de Coutances), ce qui explique l’ancienne graphie Costentin
Warda – Ah bon? – rêveuse – Un cap, une péninsule!
L’étude non rétribuée en ligne – Hem…
Warda – Oui, voilà, voilà… – pense soudain à « parité », tape « parité »
Le correcteur T9 – Karité.
L’étude non rétribuée en ligne – compte le nombre de lettres, air consterné – Confirmez-vous le mot « karité »?
Warda – Non, ça va, hein, je suis pas responsable!
Le correcteur T9 – Hihihi


Quand soudain… Vélorution…
Le loueur de cycles – Vous avez déjà eu un velocity?
Warda – regarde à gauche et à droite, pour être sûre que personne n’entende – Voui…
Le loueur de cycles – Et vous en reprenez un?!!
Warda – les yeux rougis, renifle, voix honteuse du récidiviste – C’est qu’on m’a encore volé mon vrai vélo!
Le loueur de cycles – air compatissant – Bon, je vous montre comment on le plie. Alors, c’est très simple : là, la petite manette, voilà, comme ça. Là, hop, ça vient tout seul. Ensuite, là, une autre petite manette, voilà. Là. Et puis, les pédales, qui se plient aussi, voilà. Comme ça, c’est très facile. Et pour finir, la petite sangle velcro. Et voilà.
Warda – se sent comme face à une tente deux secondes Décathlon. – Heu… Ben sinon, je le plierai pas, hein…
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Plus tard
La Voisine – à sa fenêtre – Bah, qu’est-c’est s’t’affaire? Un vélo pour gamin? Va falloir rel’ver la selle, que à, z’avez les g’noux qui vous touchent le menton!
Warda – Ben, j’ai du mal serrer la vis, la selle s’est affaissée en chemin… Enfin, s’il n’y avait que ça… – air tout déçu.
Un temps
La Voisine – L’a une drôle de gueule, quand même, c’te vélo…
Warda – Oh, ben, ça encore… Il est fort laid, mais ce n’est rien… La roue avant n’a pas de jeu, je dois tenir le guidon droit, je n’ai pas l’habitude… En plus, les freins freinent trop, je manque d’être propulsée à chaque fois.
La Voisine – Et y a pas d’sacoches!
Warda – Non, y a pas de sacoches…
Un temps
La Voisine – Valait mieux vot’ épave! Enfin, attachez le tout d’même, les cons, c’est pas s’qui manque, y en n’aura toujours ben un pour vous l’voler!
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Plus tard
Warda – rentre le velocity dans le garage à vélo
Le Chat de la Voisine – regarde le velocity d’un air circonspect – Mrrrarrrk?
Warda – Bon, merde à la fin! Retrouvez mon vélo, au lieu de tous me casser les pieds!


Quand soudain… Que d’eau !
Warda – se drape dans la dignité permise par des étoffes trempées.
La Voisine – Ah! Ben v’là aut’chose! V’là qu’elle s’est crue amphibie!
Warda – Fluctuat nec mergitur!


Quand soudain… Générale !
Warda – parait par la porte, à gauche de la fenêtre de la Voisine. Air accablé, dos voûté. Pousse un profond soupir, et traîne la savate jusqu’au container poubelle.
La Voisine – derrière son rideau, n’en perd pas une miette
Warda – pousse un profond soupir, soulève à bout de bras un sac poubelle, avec des efforts exagérés, et le jette dans le container. Réprime un sanglot, puis traîne la savate vers la porte.
La Voisine – ouvre sa fenêtre, et sort sa tête – C’est quand même pas vot’ vélo, qui vous met dans c’t’état là!!?
Warda – voix geignarde – Non… C’est mon anniversaire… – fait une pause – Et personne ne me l’a souhaité… – air accablé. 
La Voisine – Oh! Oh ben, v’nez donc là que j’vous fasse une bise! 
Warda – hésite –  Heu…
La Voisine – V’nez donc là! 
Warda –  Mais c’est pas vraiment mon anniversaire, je répète!
La Voisine –  Comment qu’ça donc, vous répétez votre anniversaire?
Warda –  Ben oui, comme ça, si personne n’y pense en août, je serai préparée!
La Voisine – Pfffout! Où a-t-on d’jà vu ça! Allez, zou!  Foutez-moi l’camp pour ce soir, que j’vous vois plus!
Warda – rit, sautille vers la porte –  Hihihi!


Quand soudain… Une bonne affaire !
La Voisine – à sa fenêtre – « V’là t’y pas qu’elle rentre à pinces, maintenant!
Warda – chargée comme un mulet – Ah! Figurez-vous qu’on m’a volé mon vélo!
La Voisine – Quoi donc! On vous za volé s’t’épave-là! – Warda acquiesce – Ah! Ben, en v’là un qu’a d’l’ambition! Ben ça, il est pas prêt d’entrer au gouvern’ment çui-là!
Elles rient
Warda – un peu honteuse – J’avoue que j’attends avec gourmandise la prochaine averse, vu qu’il n’a plus de freins, et que les sacoches prennent l’eau…
La Voisine – Ah, ben ça, le beau gadin assuré!
Warda – Et puis, le câble de frein qui rebique entre deux autocollants… Si on ne le sait pas, c’est un peu coupe-jarret…
La Voisine – En plus qu’ya même pas d’lumière, sur vot’ biclou, qu’vous m’faisiez peur, avec vot’ lampe frontale, c’t’hiver!
Warda – Sans parler du garde-boue arrière qui tient par miracle et fait un bruit de mobylette sur les pavés…
La Voisine – Le con! Ah!
Warda et La Voisine – rires de sorcières – Hin hin hin!


Quand soudain… Tribute to madame Sarfati…
Warda – un accroche-cœur de cheveux trempés sur le front, se vide péniblement du vélo Carmen Cru
La Voisine – à sa fenêtre – Ah! Ah bah! L’a r’çu l’déluge, la p’tite! Ahaha!!
Warda – plisse les yeux – C’est ça, rigolez, rigolez! Vous verrez quand vous aurez mon âge, et que vous aurez eu douze enfants! DOUUUUUZE!!!
La Voisine – Ben ça, mon vieux, y a d’quoi être rincée!


Warda – pour elle-même – Parfois, je me fatigue…
Le squelette de Warda – Ah! Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre!
Le cerveau de Warda – Non mais, pour qui elle se prend, celle-là!
Le coeur de Warda – Vous êtes pas sympas, les gars… Allez, on lui fait un câlin!


Quand soudain…
Rrrrikk – volet du rez-de-chaussée qui s’ouvre.
La voisine du rez de chaussée – Ah, laissez moi d’viner! La radio ! Eh ben, ma p’tite, c’est pas comme ça qu’vous vous trouverez un Jules !
Warda – Ah? Vous croyez qu’il m’en faut un!
La voisine – Té! Z’allez qu’meme pas rester vieille fille !
Warda – Mais un seul?
La voisine – Ah! Ah! Ça a d’ja pas l’air d’être d’la tarte d’en trouver un, qu’z’en voulez d’plus ?
Warda- Ben, c’est plus pratique, non? C’est comme un pull, si je le mets à laver, et que j’en ai un autre… J’ai pas froid !
La voisine – réfléchit
Warda – Non?
La voisine – Z’avez d’ces idées… Et vous les rangerez dans l’placard, bien pliés ?
Warda – Oh non, il n’y aurait pas la place, ils tomberaient quand j’ouvre la porte.
La voisine – Eh bah voilà ! Voilà ! C’est une armoire qu’y faut vous acheter !
Warda – Voilà !


Quand soudain… Éthylotest…
La Voisine – Et alors, oussqu’elle est, cette bouteille d’pinard qu’vous aviez dans vot’ sacoche de vélo l’aut’ jour?
Warda – Oh mais, ce n’était pas pour mon usage personnel!
La Voisine – Allons donc!
Warda – C’était une offrande pour une réunion de la radio [ Des Poches Sous Les Yeux]
La Voisine – Ah! Ah! Et zont tout bu, ces soiffards là!
Warda – Il faut bien convoquer les Muses!


Quand soudain… Hapax…
Warda – freine dans la cour au sol humide son vélo Carmen Cru *Rrrrriiinnnkkk…kk..k*
La Voisine – Ah! Faut y mett’d’l’huile d’olive, à s’t’affaire-là! ça raingouste sec!


Quand soudain… petite voix de Warda deviendra grande.
Voix – « Bonjour, e…ou…ais a…é au …rrespondant …ouvelle…République
Warda – Je pense que c’est moi, mais je ne vous entends absolument pas monsieur.
Voix -… é… place…é… ieux?
Warda – Si vous pouviez me rappeler d’un fixe, je pense que ça serait plus simple.
Voix – é…fais ça, ma petite!
Warda – Merci, mon grand! »
Quelques minutes plus tard…
Voix – Allô? C’est mieux? Excusez-moi pour…
Warda – J’entends, j’entends. Que puis-je pour vous? »


Quand soudain… Educ’ Spé’ …
Le monsieur qui fait la manche – Vvv… Vous zète un truc comme… éducatrice de rue?
Warda – Ah, non! Mais ça pourrait!
Le monsieur qui fait la manche – Et… Éducatrice de jeunes?
Warda – Non plus!
Le monsieur qui fait la manche – Éducatrice pour les enfants!
Warda – Toujours pas, par contre, je leur fais tous faire de la radio!
Le monsieur qui fait la manche – Ah? Ah bon? Fabriquer de la radio? Mais… Sur les ondes? Genre, si j’allume le poste, j’entends?
Warda – Ah, ben, j’espère que oui! Sinon, c’est qu’il y a de la friture sur la ligne!
Le monsieur qui fait la manche – Les carottes sont cuites! Les carottes sont cuites!
Warda – Radio Paris ment… Radio Paris ment…


Quand soudain… Comic Strip’ …
Warda – empêtrée dans le pull qu »elle essaie d’enlever, tout en tenant son vélo du genou pour ne pas qu’il choisse mal à propos sur le bitume sale.
La Voisine – Ah! Ah ben! Vl’à t’y pas qu’on assiste à un strip’tize!
Warda – émerge du pull, comme tout artiste en devenir – Ah, non! On a vu assez d’horreurs pendant la guerre!


Quand soudain…. Rrrrirk…
La Voisine – Et comment qu’vous faites, pour rentrer là-d’dans? – coup de menton vers le pantalon de Warda – a-t-on idée d’fabriquer des pantalons si étroits!
Warda – s’approche lentement de la fenêtre, air de conspirateur florentin – Avec un chausse-pied!


Quand soudain… Entendu depuis la cuisine en préparant le thé…
Le grand frère – Ah c’est vraiment bien,ici…
La vieille nourrice – au téléphone, curieuse – Ah bon ??
Le grand frère – Oui, il y a des fenêtres, de la lumière, un grand frigo, un four…
La vieille nourrice – Ah oui? C’est bien ça ! Quoi d’autre ?
Le grand frère – Une machine à laver, une salle de bains, un dressing… C’est un vrai appartement, cette fois ci !
La vieille nourrice- Et alors, elle est contente ?
Le grand frère – Oh oui, ça a l’air.
La vieille nourrice – Et toi, tu es heureux ?
Le grand frère – Ça peut aller !
La vieille nourrice – C’est bien mes enfants ! Il faut venir me voir ! Bon, je raccroche ! Je me fais engueuler que je suis encore au téléphone !


Quand soudain… Bluette…
Un couple de vieux touristes anglais – dégustent une glace sur un banc, chacun la sienne.
Warda – arrive avec grâce et délicatesse, tout en cliquetis, sur son vélo Carmen Cru, en descend, et entreprend de l’attacher à un poteau près des touristes.
Le couple de vieux touristes anglais – regardent Warda avec intérêt en continuant de manger leur glace.
Le vieux monsieur – chante, avec un accent terrible, à l’adresse de Warda – « Ma Tonkiki, ma Tonkiki, ma Tonkinoîîîîsééé… »
La vieille dame – pouffe précautionneusement derrière son pot de glace
Warda – chante – « D’autres lui font les doux yeux, mais c’est moi qu’il aime le mieux! »


Quand soudain… Rrrrrirk…
La Voisine – parait solennellement à sa fenêtre.
Warda – enfourche son vélo Carmen Cru – Et hop! Au boulot!
La Voisine – Ah ça oui, ma p’tite! Si on veut du blé, faut aller l’chercher!


W – Comment vas-tu, à Sète? 
F – Je veille à m’attarder un peu avec l’espèce de pitch que m’a pondu mon désir… Je ne m’y retrouve absolument pas, et c’est l’essentiel. Et toi, quelles nouvelles?
W – Je suis radiopathe, je surinvestis la pensée, je donne ce que je n’ai pas à quelqu’un qui n’en veut vraiment pas, et même à Tours, je peux faire prendre le soleil à mes névroses.
F – Ravi de savoir que nous allons si bien.
#infirmierspsy


Quand soudain… Rrrrirk…
La Voisine – Ouuuh! C’est-y qu’elle va à un rassemblement d’jeannettes, avec sa grande jup’ et son pull bleu marine?
Warda – regarde sa vêture, et constate qu’elle a même osé le petit foulard – … Heu… N… Non…
La Voisine – Enfin, ça fait un peu orpheline aussi, c’te couleur-là!
Warda – regarde sa monture – Ou alors police municipale à vélo?
La Voisine – Pfffout! Avec un engin pareil – regard dévalorisant vers le vélo Carmen Cru style de Warda – les voleurs, y zont l’temps d’foutre le camp!


Version chti
Le moutard – Papaaaa ravise le garchon là ! Il a un vélo eud’ bachelette !
Le Papaaaa – Astheur, m’fieu, ch’est nin n’garchon ! Ch’est eun mammoselle !
Le moutard – Euh ? Il a eun coiffure d’garchon !
Warda – In dit garchon-bachelette, tiote biloute !

Quand soudain…
Le moutard – « Papaaaa, le garçon il a un vélo d’fiiiiiille!  
Le Papaaaa –  Mais ce n’est pas un garçon…  
Le moutard – Mais « il » a des ch’veux de garçon! 
Warda – garçonne, on dit garçonne 
Le moutard – 
Le Papaaaa –  »


Quand soudain… Rrrrriiiirk
La voisine –  » Alors, ça y est ? On sort la jup’ à fleurs ? zavez raison. Sinon, finirez comme moi! Avec un chat !
Warda – Ah bon ? Parce que vous n’avez pas fait exprès ?
La voisine – Passsque vous l’faites exprès, vous, peut être !? »


Quand soudain, dans un magasin de bricolage…

Warda – Bonjour je voudrais des aimants.
Le vendeur – Ah mais, si vous voulez des magnets pour décorer le frigo, il faut aller rue Nationale, mademoiselle. *Ton paternaliste*
Warda – Non, non. Je veux des aimants. Et des bons. *Air chafouin* C’est pour dérégler un pacemaker…
Le vendeur – .. 


Quand soudain…
Voix dans l’interphone – Oui, bonjour, c’est les livreurs !
Warda – en tenue de yoga – je vous ouvre!
[Trrrrrrrrrrrt]
Voix dans l’interphone – Merci !
Plus tard
Entrent deux appetissants colosses avec des bonnets de père Noël lumineux, et un lourd paquet contenant une bibliothèque.
Warda –  C’est Noël !


Quand soudain… Un lapin blanc avec une montre et un haut de forme…
La dame de l’accueil en blouse rose – Bonjour mademoiselle, alors, vous avez bien pris votre carte vitale ?
Warda – regarde derrière elle, personne – Heu… Oui… S’il vous plaît… – donne la carte vitale
La dame de l’accueil en blouse rose – C’est très bien, vous pouvez aller dans la salle d’attente, le dentiste va arriver.
Plus tard
Le dentiste – consulte le dossier – Oh ben dites donc, mademoiselle, ça fait longtemps que vous n’êtes pas venue!
Warda – se sent rapetisser sur le fauteuil , cille sous le monstre lumineux, sent presque de nouveau les bagues de l’appareil dentaire sur ses dents 
Plus tard
Le dentiste – Voilà, c’est tout pour aujourd’hui, c’est bien, vous prenez bien soin de vos dents.
Warda – médusée, se dirige vers la dame en rose, une ordonnance d’eludril à la main.
La dame en rose – tend la carte, tout sourire – je vais vous donner un petit cadeau ! – tend un petit tube de dentifrice vert pomme – voilà un nouveau dentifrice fantastique !
Warda – se sent rapetisser à hauteur du comptoir – Et… Ça existe à la fraise ?


Quand soudain… Point de vue…
La vendeuse – Bonjour-han, vous souhaitez ?
Warda – œil gourmand – un… Un couki.
La vendeuse – Normal-han ou pépites de chocolat ?
Warda – perplexe devant les cookies pépites de chocolat, chocolat pépites, pépites 3 chocolats – heuuu… – voudrait un pépites de chocolat, considère le fait d’être au chocolat comme une option supplémentaire. Ou au trois chocolats aussi – Un… Un normal, s’il vous plaît.
La vendeuse – saisit un cookie chocolat pépites de chocolat – c’est celui là, hein, le normal. Hein, le noir !
Warda – Ah ben, si le Noir est normal, alors oui, je prends celui là !


Quand soudain…
Le viel ours réparateur de chaudière – enlève le capot de la malade. Tire un tuyau, met plein d’eau par terre. Fronce les sourcils.
Warda congelee – Coule une truffe curieuse de l’autre côté de la chaudière – aparté – Tiens, c’est étonnant, tous ces tuyaux en cuivre. Ah, ça chauffe là, en haut ? – Tout haut, amusée – Alors, c’est grave ?
Le viel ours réparateur de chaudière – marmonne un truc malaimable.
Warda – Prrrt… – s’éloigne avec son café, drapée dans un plaid.
Un temps
Le viel ours réparateur de chaudière – hele Warda depuis la cuisine
Warda- apparaît dans le plaid, un XLR emmêlé à la main, un zoom au bout – Voui?
Le viel ours réparateur de chaudière – regarde le câble, puis Warda, devient tout crème


Warda – Allô, j’attends votre technicien depuis 8h ce matin. Je voulais savoir s’il s’était perdu en chemin ?
Choffochouf – Mais c’est que le rendez-vous est noté pour demain.
Warda – … Bon. Écoutez, je vais raccrocher. Sinon, je vais être malpolie.


Quand soudain… Dialogue de sourds 
Commande en ligne. Prix annoncé : 90€ port compris. Paiement PayPal qui ajoute obligatoirement 6.20€ de frais de port non annoncés. Paiement de 96.20€. Mail au commerçant. « Bonjour, je m’étonne de ces 6.20€ supplémentaires alors que les frais étaient annoncés inclus. Est-ce bien normal ? » Réponse : « Ça reste quand même pas très cher pour tel produit. Ou pas assez cher. Je vais augmenter le prix pour 2018. Souhaitez-vous être remboursée de votre achat ? » Réponse : « Non, je souhaite être remboursée des frais supplémentaires. » Réponse : « J’ai quelqu’un qui gère les sites. Je vais lui dire d’augmenter les prix. Merci. » Réponse : « Comme il vous plaira. Mais ça ne résoudra pas l’ajout de 6.20€ par PayPal non annoncés à l’achat. »


Quand soudain… Poils-tête…
Rrrrikk…
La voisine – Ben mon vieux… C’est pas de mieux en mieux, vot’ coiffure !
Warda – Oh mais c’est une coupe évolutive ! Un processus de création artistique ! Dès qu’une mèche dépasse, couic, je la coupe pour lui apprendre à se rebiquer !
La voisine – … C’est pourtant pas compliqué d’aller chez le coiffeur.


Quand soudain… Chouchou…
Moyenne surface de centre-ville. Warda arrive en caisse, y dépose ses achats. Le caissier passe les objets, d’un oeil éteint. Soudain, surprise. Il regarde, considère, soupèse.
Le caissier – air honteux – Excusez-moi… Mais… C’est quoi? 
Warda – hésite,  pas sûre de comprendre la demande – ça? … Un… Un chou… Rouge. Un chou rouge.
Le caissier – considère à nouveau le chou, donc, et le passe
Warda – paie, remercie, salue, s’éloigne – aparté – Dans ce pays où l’on méconnait désormais le chou, Jacques, Louis, Jean, vous venez de mourir une seconde fois…


Quand soudain… Une certaine idée de la France…
Le voisin de palier – Vous voyez, la p’tite grand mère, au rez-de-chaussée ?
Warda – … Heu… Oui?
Le voisin de palier – Eh ben, elle dit qu’elle est raciste, hein, mais elle est toujours fourrée avec ceux du premier ! [Le monsieur est imam] Raciste, tu parles ! En plus, leur gamine braille tout le temps ! Ah!
Warda – …  se rapproche de sa porte, clefs à la main. Aparté – Sortez moi de là, sortez moi de là…
Le voisin de palier – de toute façon, je m’en vais bientôt.
Warda –  Ah bon ? – tousse
Le voisin de palier – Oui, ça peut plus durer. J’ai eu un logement OPAC aux Fontaines. [quartier populaire]
Warda – Où… Où ça ?   
Le voisin de palier – Aux Fontaines. Vous connaissez ?
Warda –  Oh que oui, ça va vous plaire, comme quartier. Bonne soirée.


Quand soudain… C’est pas moi !
Le spectacle commence. Insidieuse, mais bien là, une musique. Difficile de savoir d’où elle provient. Les batteurs la recouvrent. Silence sur scène, la musique d’outre-poche ou sac se déroule. Tiens, le type devant – Xavier Selva – a remarqué aussi. Son fils aussi. Batteurs qui battent. Accalmie. Musiquette. Ahah, y a vraiment des boulets… Quelqu’un qui n’a pas éteint son Spotify, ou quoi. Bon, ça devient agaçant, ce fond sonore… Ah l’autre type devant a remarqué et s’impatiente. Bon, pas celui à côté de moi, il dort. Batteurs à l’œuvre. Accalmie. Voix de femme plutôt jazz. D’autres personnes incommodées devant moi… Ahlala… Impossible de se concentrer, c’est insupportable. Moi au moins, j’ai bien eteint mon téléphone. … Enfin, je crois. … Non, non, c’est sur. … Et… Et si ça avait pas marché ? Après tout, je suis à moitié sourdingue… Je localise la musique devant moi, à droite, à environ 1 mètre, je l’entends mieux quand je me penche en avant. Mais si ça se trouve, je me plante … Et… Et c’est moi!!! -Se plie en deux, tête entre ses genoux, tâte dans son sac, sort craintivement son téléphone – Éteint, ouf! Voilà, c’est bien ce que je me disais. De toutes façons, sur mon téléphone il n’y a que Hadouk Trio et Pauline Carton, pas une bonne femme qui chante sur des cuivres. Ah, j’vous jure. y a vraiment des gens qui ont du toupet.


Quand soudain… Gaufre musicale…
Warda – se trémousse dans le couloir, rejoint à pas chassés les boîtes aux lettres – J’ai envie de touuuua-ah… Est-ce que tu le voiiiiiii ah? Laalalala
La Voisine – Ah, ben, ça chante! Ça chante! C’est qu’les affaires reprennent ? *Air égrillard*
Warda – Ah, non, c’est que j’ai vu Catherine Ringer en concert !
La Voisine – … C’est qui encore, celle là ?
Warda – Ben là moitié des Rita Mitsouko. Ouhou ! Ouhou !
La Voisine – Ah, bon… Vous écoutez ça, vous, alors ?
Warda – Oui, même si quand j’étais petite je croyais que c’était une marque de gaufres.


*tous ensemble, tous ensemble, ouais ! Ouais ! Tous ensemble, tous ensemble ! *
Une jeune femme – Nan mais y sont graves, à tout le temps gueuler comme ça ! En plus, que ça sert à rien-han!
L’autre- Grave! Trop relous !
Le mendiant – mondmoiselles, vous zauriez pas la pièce ? Silvouplé…
La jeune femme – Ah mais, lui aussi, grave relou! Et y en a d’plus en plus !
L’autre – Nan mais j’te jure!
Warda – … Sick sad World.


Un feu rouge, 8h30
Warda –  sur son vélo, tout fort, l’air inspiré  –  » Sur votre tombe, monsieur Henriot, si toutefois vous en avez une, on lira ceci : Philippe Henriot, mort pour Hitler, fusillé par les Français. Bonne nuit, monsieur Henriot, si vous pouvez dormir… »
Le type à la chemise à carreaux avec un casque 🚴‍ arrivé sans prévenir sur son vélo électrique –     
Warda – seconde de solitude  – Oui, uiui… J’aime bien me prendre pour Pierre Dac, le matin…  


Quand soudain…
La dame –  » Je lui ai dit de venir vous voir, je lui ai dit « là, la JEUNE FILLE en rouge. »
Warda – . .. – se regarde dans le reflet de la vitre – air tout flatté


Quand soudain… Éternelle leçon de la séduction…
Un jeune homme dépité de n’avoir pas de sous pour payer le restaurant, la sortie, le truc pour impressionner sa belle.
Warda- intérieurement – Ben mon vieux… Si tu comptes sur l’argent pour être aimé, t’as pas fini d’attirer les michetonneuses… Si tu n’as rien d’autre à offrir à une femme, tu feras fuire les plus intéressantes et les moins intéressées…
Warda – tout haut – Sick sad world


A – Je voudrais un sport qui pousse à dépasser sans cesse ses limites, tout en travaillant sur la maîtrise de soi, où il y a une recherche de perfection…
W- mmmmh mmmmh. ..
A – Ou on doit s appuyer sur le collectif, tout en ne comptant que sur soi -même. ..
W – Essaie d être une femme! XD


Quand soudain…
Riiiirk… Le volet du rez-de-chaussée
La voisine du rez-de-chaussée – Bonjour Warda, dis donc, c’est qu’vous êt’ réchauffée, à vous trimballer en minijupette à vélo tôt matin!
Warda – Ah, bonjour! Mais vous savez mon nom!
La voisine – Ah! Ahaha! Té! Rien m’échappe, à moi! Z’allez pas avoir froid comme ça?
Warda – Oh mais non, j’ai un gros collant, et un short sous ma jupe! Je suis parée pour les bourrasques!
La voisine – Un collant? C’est chaud assez, ça? Où qu’vous en achetez des pareils?
Warda – 4€ chez Monoprix
La voisne – 4€! Ben mon vieux! C’est pas donné!
Warda – Mais c’est un collant épais, ça ne file pas comme ça au premier accroc venu!
La voisine – J’ai vous dire, moi j’vais acheter un pantalon d’laine, ça m’tiendra toujours plus chaud au cul qu’vot’ collant! Y avait un bon d’réduction dans la Nouvelle République, comme vous la recevez aussi, gardez-moi donc c’numéro là! »


Quand soudain…
– … Monsieur ? Excusez moi, ça vous ennuie d’ouvrir ma bière ? Je n’ose pas le faire avec mes dents….
– Oh excusez-moi! *Pschitt* Fallait le dire avant !


Chez le marchand d’outils
Warda – tâte des paquets de vis pour trouver la même que celle qu’elle a dans la main.
Le vendeur – Tout se passe bien, mademoiselle ? N’hésitez pas, hein, si besoin !
Warda – … Je devrais m’en sortir, je crois… Merci. 
Rayon forets de perceuse
Warda – un foret tordu à la main, cherche son homologue.
Le vendeur – Si vous ne trouvez pas, je peux vous aider, n’hésitez pas !
Warda – trouve ce qu’elle cherche, le met dans le panier – Oui, oui, merci ! 
Rayon clous et marteaux
Le vendeur – Tout se passe bien ? Vous vous en sortez ?
Warda –  …  Eh bien non, figurez-vous que je ne trouve pas les faucilles !
Le vendeur – Alors plutôt au rayon jardinage !


Quand soudain… Formation sur un mode ludique
–  » Mon premier est très consommé en Asie, mon second est connu pour ses retards, mon tout est un dispositif d’aide aux jeunes entrepreneurs… Alors ? Qui a une idée ?
*Secondes de silence*
Une voix hésitante – N… Nouille poste?
– Nooon! Presque! Une autre idée ?
*Secondes de silence*
Une autre voix – peu de conviction -Riz train?
– Eh bien non, c’est Riposte !


Quand soudain… #SeuNeuCeuFeu
– « Vous savez lire?
– …?
– Y a écrit quoi sur votre billet ? Deux minutes ! Deux minutes avant le départ !
– … Mais les portes du train sont encore ouvertes…
– … Deux minutes A-VANT le départ !
Triiiit !!! Sschhhh…. Kbonk…. Rrrrrrtttt rrrrrrtttt….
Warda demeurée seule sur le quai avec le contrôleur regarde ostensiblement l’heure sur son téléphone. Puis le contrôleur, qui sait le poids de ces deux minutes de retard avec lesquelles part le train. Sourire mesquin du type. Warda regarde son crâne qui se dégarnit, puis lui adresse un regard empathique. Le type ne sourit plus.


Quand soudain… #cocoville 
– Tu viens à la conférence sur l’éducation populaire au CCC?
– Heu… C’est payant ? 
-… Le Centre Culturel Communal, à Saint Pierre des corps…
– Ah ben c’est gratuit alors ! 


Pas encore 7h. Quartier Velpeau.
Warda, dans une vapeur de café équitable  enfourche son vélo 
4 pékins font du jogging. Nos experts se penchent sur ce phénomène. 


Quand soudain…
Voix – Nous contactons les anciens étudiants… quelques minutes à consacrer… questionnaire… ?
Warda – Pfff… – s’apprête à raccrocher, se rappelle qu’elle a fait les mêmes appels il y a pas si longtemps que ça, avec d’autres étudiants fauchés, se ravise – Bon, oui, hein, mais pas plus d’un quart d’heure!
Voix – reconnaissante – Merci! (…) Votre salaire mensuel actuel est-il en rapport avec votre niveau d’études?
Warda – … Heu… Attendez, il faut que je calcule… Alors, 658… divisé, par 9… donc, 73 euros par année d’étude… Je crois que je peux dire que non?
Voix – tousse – … Non, donc… Quel type de contrat…
Warda – Un CAE CDD à temps partiel!
Voix – soupire – Un contrat aidé, donc…
Warda – C’est un peu indiscret, hein, mais vous, vous êtes en quelle filière?
Voix – amusée – En Master Arts du spectacle.
Warda – Ahahah!!!
Voix – …
Warda – Ahahaha!!! Excusez-moi, hein, mais c’est que…
Voix – Oui, oui, j’ai vu dans votre dossier…

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