L’homme est-il bon et généreux ?

Vaste question. J’ai voulu lutter contre mon penchant naturel, qui me pousse à croire que non.

Je me suis donc inscrite dans un groupe Facebook appelé // Parallèle TOURS //


// Parallèle Tours // est un groupe LOCAL dont le but est de valoriser le REEMPLOI et la MUTUALISATION de biens entre PARTICULIERS plutôt que l’achat de produits neufs. C’est un réseau de gens qui ne se connaissent pas forcément mais qui peuvent être intéressés par : _ DONNER _ PRETER _ SE RENDRE DES SERVICES Et ceci, GRATUITEMENT. Un marché parallèle, donc, qui nous permet de lancer simplement une annonce parce qu’on a un frigo qui déborde de nourriture 2 jours avant de partir en vacances, un fauteuil dont on ne veut plus mais qui pourrait servir à quelqu’un d’autre ou encore parce qu’on a besoin d’une perceuse pour 10min ou d’un fond de peinture sans avoir l’utilité d’un pot entier que l’on irait acheter dans un magasin. CHAQUE NOUVEAU MEMBRE SE DOIT DE LIRE LE REGLEMENT AVANT DE POSTER SUR LE GROUPE. Le réglement (aussi appelé Charte) est le message un peu plus bas.. Le concept // Parallèle // est un concept OPEN SOURCE : chacun est libre de créer un groupe // Parallèle // pour une localité, sans même devoir préciser que le 1er groupe a vu le jour à Nantes. Longue vie aux groupes // Parallèle //, à l’entraide et au réemploi


Gratuité, entraide, décroissance, voilà qui s’annonçait bien pour reprogrammer mon cerveau cynique. Un doute, cependant. Il est question de « frigo qui déborde de nourriture avant de partir en vacances ». Mon frigo ne déborde jamais de nourriture, et je n’ai pas les moyens de partir en vacances. Par ailleurs, il me semble qu’il faut être bien mal organisé pour avoir un frigo qui déborde de nourriture alors qu’on doit partir en vacances, mais soit. « Un fauteuil dont on ne veut plus » : je n’ai encore jamais eu le plaisir de posséder un fauteuil; est-ce une condition pour entrer dans le groupe ? Y a-t-il un taux d’ameublement minimum requis ? Je n’ai pas non plus de perceuse… Et puis – Aaaargh ! – le mot « concept »… Il me semble déjà que ce groupe, dans sa philosophie généreuse, ne s’adresse pas aux gens les plus pauvres, mais à ceux qui ont des biens matériels, au moins un peu. C’est donc du troc entre personnes d’un même groupe social.

Le groupe existe depuis deux ans, compte plus de 2000 membres : prometteur !
Je m’inscris donc dans le groupe.

Surprise, dès que quelqu’un publie quelque chose en DON, la publication est prise d’assaut, une vraie course contre la montre pour récupérer des objets gratuits. Comme si certains guettaient avidement les posts. Pour une étagère IKEA, quelqu’un qui arrive après la bataille commente « Il faut être rapide pour ces objets-là ! 🙂  » Tout va bien, c’est comme pour les soldes, la braderie, les offres spéciales de Nutella : « Premier arrivé, premier servi ».

Il y en a d’autres qui oublient allègrement qu’on ne vend pas sur ce groupe, et proposent à vendre des objets à ceux qui en CHERCHEnt. Et ceux qui « CHERCHE en don ou à petit prix » et ont bien du mal eux-mêmes à se défaire de l’argent.

Il y a celle qui trouve pas cool que les 6 tonnelles aient été raflées discrètement par la même personne, alors qu’ils étaient 5 intéressés, et qu’ils auraient pu partager.

Il y a ceux qui proposent vraiment des « escoubilles », qui mériteraient la poubelle. Et – ouf ! – ceux qui proposent des objets en bon état, la lavande de leur jardin.

Il y a aussi les peut-être un peu radins qui publient une liste au Père Noël, avec tout ce qu’ils préféreraient ne pas acheter.

Il y a ceux qui – le réel peut être tellement adhésif – rappellent sans cesse que le campement de mineurs non accompagnés à besoin de vivres, de vêtements, de matelas, de couvertures.

Et puis une série de photos, objets multiples, vêtements, aliments, petits meubles sur le trottoir, et le commentaire « les affaires d’une ancienne locataire, c’est à tel endroit, premier arrivé, premier servi ». Puis chacun y va de son petit commentaire, smileys compris, c’est à qui se sauvera des fauteuils de bar, des fringues, des épices, une étagère, des bouquins. Je me sens mal face à cette nuée de rapaces, et je pose – avant de quitter le groupe – la question qui me taraude : « mais il lui est arrivé quoi, à la meuf ? » Est-elle morte ? Hospitalisée ? Partie au bout du monde ? En prison ? Ses affaires ont-elles été mises sur le trottoir par le propriétaire pour cause de loyer impayé ? Ne vient-elle pas les chercher ? Où est-elle ? Vit-elle ? A-t-elle besoin d’aide ? Personne ne répond à ma question, mais on dirait que la foire d’empoigne cesse.

Je quitte le groupe, en me disant que même quand il essaie d’être bon et généreux, l’homme reste avide et égoïste. Le pire étant que cela me concerne surement aussi. Et j’espère secrètement pouvoir être prochainement détrompée.

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