On connait la chanson !

Ah, les chansons chantées virilement par les scouts ou les militaires, où il est bien souvent question de drôlesses à tripoter, d’être vaillant, et d’étriper l’ennemi pour soutenir l’honneur du drapeau…

Cependant, si l’on se penche sur certaines de ces chansons, on peut en faire une toute autre lecture, et plus à l’avantage des femmes. Évidemment, cette lecture n’engage que moi, et ne saurait se substituer à une étude historique approfondie.
Le premier extrait que je vous propose met à mal l’idéal de virilité que l’on propose à notre imaginaire, lorsqu’il s’agit d’une compagnie masculine. L’homosexualité est latente, et n’est pas sans rappeler le Billy Budd, Sailor, oeuvre posthume de Herman Melville, dans laquelle il est question d’un jeune et beau gabier de misaine, aimé de tous, Billy Budd, qui a pour seul défaut de bégayer. Il sera donc incapable de se défendre face aux accusations de mutineries du capitaine d’armes du navire, jaloux de sa popularité et troublé par son charme, devant le capitaine du navire, lui-même très sensible à son charme.

Écoutons une chanson de marins, “Chantons pour passer le temps”.

Ici, il est question d’une femme, ou plutôt d’une adolescente de 15 ans, qui se travestit en homme, pour échapper au mariage, et d’un homme qui s’éprend d’un jeune homme à la grâce féminine, au motif qu’il ressemblerait à sa promise. Heureusement, tout finit bien pour la décence, le beau jeune homme s’avère être la promise, qui épouse avec joie le capitaine.

J’aimerais à présent dire un mot de la chanson « Joli Tambour », devenue souvent dans le répertoire enfantin « Trois jeunes Tambours ».

Chanson militaire du XVIIIe siècle, originaire de Bretagne, de Normandie ou du Poitou. Dans cette chanson, il est question – encore – d’un fort beau et gracieux jeune homme, qui tient dans sa bouche une rose. Et d’une princesse pour le moins hardie, puisqu’elle la lui réclame. Or, un esprit un peu mal vissé aura noté que, dans les vieilles chansons françaises, ce sont rarement les jeunes hommes qui “donnent leur rose”, mais plutôt les jeunes filles… Ainsi, dans la chanson étudiante « Boire un petit coup » : “Non, non Firmin tu n’auras pas ma rose, non, non Firmin, tu n’auras rien, monsieur le curé a défendu la chose…” Donc, soit la princesse a quelques lacunes en anatomie masculine, soit elle a repéré que le jeune homme est en fait… une jeune femme habillée en tambour. Allez savoir, nous n’y étions pas, après tout…

 

Cette chanson comporte un nombre certain de couplets, et s’il est question du roi d’Angleterre, il y est aussi fait mention de la reine de Hongrie, c’est-à-dire Marie-Thérèse de Habsbourg, Impératrice du Saint-Empire romain germanique, Reine de Bohême, et mère de Marie-Antoinette. Marie-Thérèse de Hasbourg était d’ailleurs appelée roi de Hongrie…

Voilà, tout ça pour ça. Au XXIe siècle, la question de savoir si une femme peut être un matelot, un tambour ou un roi au même titre qu’un homme n’est toujours pas tranchée. Si on parle maintenant de pédégères, d’auteures et compagnie, il est toujours bien difficile de ne pas être regardée comme “masculine”, “hors norme” voire “anormale” pour les rares femmes qui arrivent à des postes de pouvoir ou qui entrent dans l’armée. Et, si elles n’ont ni père ni mari pour les empêcher d’avancer, on attribuera souvent leur mérite à l’un de ces derniers, ou à une quelconque histoire de cul.

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