Ma série 2020 : The New Pope, entre humour grinçant et plaisir des yeux

Les séries, ce n’est pas trop mon truc. A dire vrai, jusqu’au second confinement, en France, je n’en regardais jamais. Et puis, à force d’entendre mes amis en parler, j’ai voulu comprendre pourquoi cela était pour certains tellement addictif. Mon choix s’est porté sur « The New Pope », parce que John Malkovich apparaissait au générique.

Présentation

Il s’agit d’une série produite en 2020, en neuf épisodes, réalisée par Paolo Sorrentino. Elle fait suite à The Young Pope, sortie en 2016. C’est une série italienne, espagnole et française, distribuée en France par Canal+.

Le sexy pape Pie XIIe, incarné par Jude Law, est dans le coma ; une foule idolâtre occupe la place devant l’hôpital. Au Vatican, s’engage une guerre de succession du pape, pas encore défunt. Les cardinaux rivalisent d’ingéniosité et de mesquineries pour se faire élire ou à défaut, faire élire leur champion, c’est à dire celui qui fermera à coup sur les yeux sur leur goût pour les voitures de luxe, les parties fines ou leurs accointances avec la mafia, au choix. C’est ainsi que, après quelques péripéties, le cardinal anglais, Sir John Brannox (John Malkovich), qui vit reclus dans sa propriété avec ses vieux parents, et n’en demandait pas tant, se retrouve promu Jean-Paul III.

Bonté divine ?

Cette série aborde avec un humour fin et grinçant l’appétence (naturelle ?) de l’humain pour le pouvoir, la gloire et l’argent, qu’il soit homme ou femme, religieux, amant, voire les deux. Aucune condition ne permet de s’en prémunir, semble-t-il. Si cette série devait vous permettre de répondre à la question « l’humain est-il bon ? », il y a des chances pour que la réponse soit : « Franchement, ça dépend. »

Elle questionne aussi la « vocation » : pourquoi consacre-t-on sa vie à Dieu ? Certains ont pris l’habit pour plaire à leurs parents, d’autres parce qu’ils ont été victimes de pédophiles ou pour cacher leur homosexualité. Elle met en scène des religieux et des religieuses qui s’adonnent aux sept péchés capitaux (orgueil, paresse, luxure, envie, colère, gourmandise, avarice), comme n’importe quel humain et ne seraient donc pas faits d’une meilleure étoffe. L’omerta qui règne sur les agissements de prêtres pédophiles est clairement nommée et condamnée.

Cependant, si les excès des cardinaux ont le plus souvent une dimension comique dans leur outrance – à condition d’aimer le dixième degré -, on peine à la retrouver dans les excès des personnages laïcs. La foi déviante, l’idolâtrie est le fait des « fans » de Pie XIII et les pousse à commettre un attentat. La femme miraculeusement enceintée par Pie XIII ne tire plus de bénéfices à raconter son histoire aux médias et doit trouver une autre source de revenus ; elle mise tout sur ce nouveau venu beurré d’autobronzant à mèche blonde, père célibataire, apparu parmi les parents d’élèves et qui deviendra, « pour l’aider », son proxénète.

Plaisir des yeux

Visuellement, la série n’est pas sans rappeler Roma, de Fellini, notamment la scène du défilé de mode. Un soin particulier est apporté aux costumes, aux étoffes, aux accessoires ; notamment les tenues de Sir John Brannox, avant que de devenir Jean-Paul III.

On peut aussi trouver une parenté avec Freaks, de Tod Browning : une mère supérieure naine, un acteur rappelant Schlitzie, et d’autres personnages handicapés, auprès desquels intervient la miraculée, jouée par Ludivine Sagnier, en tant qu’assistante sexuelle.

Il y a aussi quelques incursions du fantastique : un millepattes qui se faufile ici et là, esprit de dieu ou de Pie XIII dans le coma ? Un cardinal ultra glauque, avec un œil caché façon pirate ou ancien nazi et des blattes qui lui sortent des manches, et dont la mission principale est d’effrayer Sofia Dubois – Cécile De France – lorsqu’elle mange au réfectoire du Vatican. C’est une série qui emprunte aussi aux clips musicaux : couleurs saturées, néons, chorégraphies, poses lascives face caméra composent les génériques des épisodes, et ce sont les religieuses du Vatican qui sont filmées dans leur dortoir.

Il y a aussi quelques incursions du côté de notre monde réel : Sharon Stone et Marilyn Manson y font une brève apparition et y jouent leur propre rôle. On y trouve aussi abordés, toujours avec le même humour grinçant, les thèmes qui font débattre actuellement : l’accueil de migrants, la place des femmes (grève des religieuses).

Enfin, c’est un plaisir de voir à l’écran autant de bons acteurs, et surtout des acteurs « vieux », c’est à dire entre 45 et 70 ans, voire « moches », pour les acteurs masculins. Cécile de France, Ludivine Sagnier et Sharon Stone sont superbes, élégantes, désirables : quel soulagement quand les publicités, les employeurs, une partie des hommes, affirment à longueur de journée que, passé 25 ans, une femme est périmée, inutile, et devrait quitter le devant de la scène, pour faire place à quelque chose de « plus frais ». Le talent n’a pas d’âge, et ne se limite pas à un physique avantageux. Même si on en est convaincu, c’est agréable d’en voir une illustration. D’ailleurs ici, la plastique de Jude Law sert un effet comique.

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Auteur·e

melpwyckhuyse

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