2021. De chocolat et d'eau fraiche

Image par David Greenwood-Haigh de Pixabay

« Le changement, c’est maintenant ! », F. H.


Janvier. C’est le moment de l’année où beaucoup de gens s’accablent des pires maux de la Terre : trop paresseux, trop gros, trop fainéant, trop célibataire, mauvais parent, trop inculte, mauvais cuisinier, accent anglais effroyable, etc.

Heureusement, à cette période, Covid-19 ou non, il y a un alignement des planètes particulier, qui fait souffler un vent de changement radical : celui des « bonnes résolutions ». C’est décidé : course à pied deux fois par semaine minimum. Ouvrir ses cours plus de deux jours avant les partiels. S’inscrire sur une appli de rencontres. S’inscrire à une consultation familiale psychologique pour savoir éduquer son mari et ses enfants. Se mettre à la cuisine sans gras, sans sel, sans sucre, avec légumes et céréales bios. Ecluser des MOOC de culture générale et d’astrophysique, à la place de séries idiotes. Braver le Brexit et la viande bouillie pour ne plus dire « souiiiitte cheurte ». Le changement, c’est maintenant.

Quant à moi, brave mais point téméraire, j’en viens à considérer qu’un régime tout chocolat pourrait être une alternative à tout ce qui, d’après les autres, fait problème dans ma vie.

C’est une décision qui ne se prend pas à la légère, évidemment. Et comme il s’agit de s’y tenir jusqu’en décembre prochain, il convient d’en mesurer les pour et les contre.

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#plumplicious

Longtemps, je me suis couchée de bonne heure, en rêvant de rentrer dans des vêtements taille 36. C’est-à-dire que sur les photos où je suis de profil, je n’aurais plus l’air, de la taille aux chevilles, d’un P. Finie l’angoisse provoquée par l’achat d’un jean, puisqu’il ne se trouve, dans les boutiques, que des pantalons en tissu élastique. Ces même pantalons qui, s’ils galbent les maigres, font saillir les rondeurs des dodues. J’ai, pendant des années, acheté des pantalons une taille au dessus, pour dribbler le destin.

Pendant des années, donc, je me suis maintenue avec angoisse dans une taille 38, mais rien n’y faisait. Les illusions d’optique sont pernicieuses. Quand quelqu’un m’offre une fringue, c’est toujours trop large. J’ai abdiqué devant l’étiquette « L » ou 40/42, qui danse narquoise sous mon nez. Je remercie avec mon plus beau sourire. Et je cherche comment je pourrais aller échanger pour avoir quelque chose à ma taille.

J’ai toujours fait « grassouillette », essuyé les sourires un peu moqueurs sur ma silhouette pas très sportive, les blagues un peu méchantes, (« Allez, pousse ton handicaP ! », « T’as vu tes bras, Grobratchev ! »). Voire les réflexions un peu hypocrites qui se veulent flatteuses, sur le fait que « c’est pas beau, de toutes façons, d’être trop maigre« . Ou : »une femme, ça a des formes. » Ou : « tu sais, il y a des hommes qui aiment vraiment les rondes« . Le fait que le chocolat fasse grossir n’est pas un argument recevable : plein de gens me renvoient déjà tout le temps que je suis grosse. Enfin, trop grosse à leur goût, pour être qualifiée d’élégante, d’un « attrait physique durable », ou « raffinée », ou « présence périphérique valorisante sur les selfies ».

Comme je ne connais aucune magie assez puissante pour me transformer en ça :

… je valide un point « pour » le régime tout chocolat.

Le temps, c’est de l’argent.

Je suis une piètre cuisinière, je déteste faire la vaisselle, et j’ai un salaire ridicule pour le travail que je fournis. Comme j’en ai marre d’entendre « Quoi ? C’est tout ?« , et d’avoir honte d’être la seule personne non imposable de mon entourage, et qui n’envisage pas d’acheter un appartement, je dois gagner plus d’argent.

Comme je ne connais aucune magie susceptible de me transformer en ça :

… je vais devoir étudier des scenarii alternatifs pour tenter d’approcher le plafond de verre, et m’éloigner durablement du seuil de pauvreté.

Or, si je ne fais aucune vaisselle et aucune cuisine, par mon régime tout chocolat, je vais gagner du temps. Et le temps c’est de l’argent. Par voie de conséquence, manger du chocolat devrait me faire gagner du temps ET de l’argent. Une tablette de chocolat – de bon chocolat, s’entend : je cuisine mal, mais je suis gourmet – peut fournir les repas de 4 jours, si on y adjoint un peu de pain (aux noix, ça va sans dire), et de thé. Un simple calcul de tête m’assure déjà des économies substantielles.

Image par falconp4 de Pixabay

Le jardin des délices

Mon ascétisme chocolatier ne devrait pas faire souffler des vents contraires sur mon pouvoir de séduction et de reproduction. C’est entendu, de toutes façons, je dois fonder mes espérances sur les hommes qui aimeraient vraiment les rondes (c’est à dire très peu ici, surtout si on ne comptabilise pas ceux qui n’ont pas fait exprès, se sont perdu en chemin, ont mal vu dans le noir en cherchant un coussin).

J’ai passé la barre des 30 ans, et comme le souligne mon médecin, « à mon âge », si je n’ai pas d’enfant, c’est que je n’en veux pas, évidemment, et puis franchement… je suis déjà presque « trop vieille », et vu mes revenus, « ça ne serait pas raisonnable. »

Comme je ne connais aucune magie pouvant empêcher ça :

…autant se résigner et considérer le noir extra aux éclats de fèves de cacao, ou au piment.

La messe est dite

Deux carrés matin, midi, et soir ; avec deux tartines et un samovar à chaque repas. J’ai une préférence pour le chocolat noir extra fin, le pain aux noix et le Earl Grey sans sucre. Je m’y emploie dès lundi, et je vous donne rendez-vous dans un an, pas plus grosse, plus riche, et toujours « vieille ». Mais j’aurais eu le temps, confinement oblige, de développer une nouvelle cosmogonie avec la fève de cacao au centre de tout. Et le jeûne prolongé me parera d’une aura mystique. Ca ne fera pas de moi un grand reporter, mais la carrière de gourou peut s’avérer très lucrative.

Il est temps de se quitter, en écoutant, enfin, quelqu’un de vraiment inspirant.

Merveilleuse année à tous <3

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Auteur·e

melpwyckhuyse

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