Festival italien de Tours : viva il cinema!

Radio Campus Tours était partenaire média de la 4e édition des Journées du Film Italien de Tours. C’était l’occasion de voir un cinéma mal diffusé, de fiction, et documentaire, et de réaliser des interviews de réalisateurs!
Tous les films présentés étaient en V.O. sous-titrée français. C’était un grand plaisir pour moi d’entendre cette langue, non seulement à l’écran, mais également parlée autour de moi. En effet, la première fois de ma vie que je me suis sentie parfaitement heureuse, c’était en italien. Il semblerait qu’une langue laisse une empreinte affective; l’italien est pour moi la langue de l’émotion positive, et je me suis dit qu’il me plairait l’année prochaine, de mener mes interviews en italien, tout en me demandant si alors, j’arriverais à faire preuve de la même distance critique.



Documentaire


J’ai un interet particulier pour le film documentaire, alors, je me suis jetée avec avidité sur les films de cette catégorie, d’autant que cette programmation était proposée par le collectif de réalisateurs tourangeaux Sans Canal Fixe, qui propose toujours des films étonnants et quasi invisibles ailleurs dans le cadre de ses projections mensuelles. Par ailleurs, je leur ai demandé de l’aide pour l’écriture de mon projet de film, parce que je suis curieuse et admirative des films hors normes qu’ils produisent


Hommage à Franco Piavoli


J’ai découvert ici le travail d’un cinéaste autodidacte, et qui produit son image indépendamment de sa bande son. Le résultat est vraiment étonnant visuellement, entre la peinture et le cinéma d’animation parfois, avec des plans qu’interdirait tout académisme. Le son est un travail d’orfèvre, qui se fond parfaitement dans l’image. On découvre le regard malicieux d’un portraitiste, d’un entomologiste, qui s’ingénie à superposer les règnes animal et végétal. Jean Rouch lui-même avait été fasciné par Il Pianeta azzuro (La Planète bleue).


La Mostra del babbo, Elisa Zampagni, documentaire, 2016, 42′
Interview de la réalisatrice et de son père.



« I ricordi del fiume », documentaire, Gianluca et Massimiliano De Serio, 2015, 1h36


En décembre 2014, sur les bords de la rivière Stura à Turin, un ambitieux projet d’urbanisation prévoit le démantèlement du Platz, un des plus grands bidonvilles d’Europe. Plus d’un millier de personnes de diverses nationalités y survivent dans d’effroyables conditions. Tandis que certaines familles vont pouvoir être relogées, les autres vont devoir retourner dans leur pays ou trouver un autre logement de fortune. À travers une immersion dans les lieux, Gianluca et Massimiliano De Serio nous font vivre les derniers jours du Platz, entre déchirement, drames, espoirs et vie.


J’ai eu envie d’aller voir ce film parce qu’en 2013, j’avais été moi-même dans des bidonvilles de Roms à Marseille, où j’avais fait des enregistrements sonores. Je voulais voir comment cette « immersion » avait été réalisée, comment bougeait la caméra, quels angles et donc quel parti pris étaient ceux choisis par les cinéastes, seraient-ils en interaction avec les personnes filmées, ou oeil témoin? La caméra se faisait-elle oublier?
Evidemment, j’ai eu le déplaisir de voir que tous les bidonvilles se ressemblent, qu’on y a les pieds dans la boue dès qu’il pleut, qu’on y fait des trucs dangereux, simplement parce qu’on ne peut pas faire autrement. J’ai évidemment vu des gens au milieu d’une décharge, et c’est toujours révoltant, de voir que nous sommes capables de traiter nos égaux comme des ordures. Cependant, peut-être parce que j’avais « déjà vu », j’ai trouvé le film trop long.

Dans la dernière demi-heure, on a l’impression que les cinéastes ont voulu montrer le plus de situations possibles, le plus de personnes possible, le plus de douleurs possibles. On atteint presque le catalogue, et malheureusement, cela donne un effet d’écœurement, non plus parce que les situations sont insoutenables, mais parce que ça montre trop, et que l’on se sent captif de ce regard qui devient trop extérieur et linéaire. On a hâte que ça se termine. Le film gagnerait peut-être à être raccourci d’un bon gros quart d’heure, pour rester dynamique. La clôture, avec cet enfant que l’on retrouve au début et à la fin, déambulant dans le bidonville, et que la caméra suit, comme s’il nous guidait dans ce capharnaüm de misère apporte une touche visuelle intéressante, mais le procédé est aussi un peu éculé. Le film montre aussi des policiers qui agissent sans violence vis à vis des habitants du bidonville, qui les connaissent, voire prennent de leurs nouvelles. C’est intéressant. Justement parce que les violences policières et surtout celles de riverains sont extrêmement fréquentes en pareil cas.



« Due euro l’ora », fiction, Andrea D’Ambrosio, 2016, 1h20. Scénario de Andrea D’Ambrosio et Donata Carelli.


Dans un petit village au sud de l’Italie, Gladys, la quarantaine, travaille au noir dans un atelier clandestin de matelas pour deux euros de l’heure. Son patron, Blasi, n’a aucun scrupule à faire travailler les ouvrières dans ces conditions indignes. Arrive Rosa, une jeune fille de 17 ans, abandonnée par sa mère et en conflit avec son père, qui a décidé de quitter ses études pour aller travailler dans cet atelier. Une amitié se noue entre les deux femmes, bien décidées à faire valoir leurs droits. Basé sur des faits réels, le film aborde avec justesse l’exploitation féminine dans le monde ouvrier.


Alors, voici que j’ai été voir un film de fiction, programmé par l’association Viva il cinema, qui était aussi l’un des films en compétition pour le prix de la ville de Tours. Si j’ai eu envie de voir ce film, c’est parce que le réalisateur est surtout connu comme… documentariste, et qu’il s’agit là de sa première fiction. A dire vrai, je m’attendais, comme dans ses documentaires, à un ton plus engagé, plus militant, et j’ai été un peu déçue de voir la place que prenaient ce qui pour moi est le pire des ralentisseurs d’intrigue : les histoires de fesses façon Santa Barbara, qui n’ont absolument aucun intérêt narratif, et souvent peu d’intérêt visuel. J’ai voulu comprendre cette démarche, et j’ai donc réalisé cette interview.


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