EXUO – Espace associatif d’art contemporain

Par un heureux hasard géographique – enfin, peut-être que le coût des loyers n’y était pas pour rien non plus… – un nouveau lieu d’exposition est venu s’installer quartier Velpeau, à Tours, en France, où je suis correspondant pour la Nouvelle République. En regroupant ici les articles publiés dans la NR, des photos, et d’autres choses, je voudrais donner à voir – un peu – la création artistique locale, à partir de l’Histoire de ce lieu. Cet article continuera donc à s’écrire, comme si, sans modestie aucune, j’étais biographe non officiel d’EXUO…


Au commencement


Exuo, is, ere, ui, utum tr : se débarrasser de, rejeter loin de soi, dégager, mettre à nu
Cingulo aliquem exuo, is, ere : libérer quelqu’un du service militaire
Exuo, is, ere, ui, utum vestem : se déshabiller

Depuis le 2 février, le quartier Velpeau accueille un nouveau lieu d’exposition d’art contemporain, la galerie EXUO, portée par l’association du même nom. EXUO n’est pas une galerie marchande ; l’objectif est la promotion d’artistes émergents, notamment des jeunes artistes de la Région. La vente d’œuvre se fait en direct avec l’artiste pour le moment ; et la reconnaissance d’utilité publique permettra l’appel au mécénat. Parmi les membres actifs de l’association, dotée d’un véritable comité artistique, plusieurs artistes ayant leur atelier à La Morinerie à Saint-Pierre-dès-Corps. Le « par et pour les artistes » se retrouve jusque dans le lieu d’élection de la galerie, puisqu’elle est adossée à l’atelier du photographe Jérémie Lenoir.
La programmation établie pour les 6 prochains mois met essentiellement à l’honneur des artistes de la Morinerie, elle est pluridisciplinaire : on y verra de la sculpture, de la peinture, de la photographie… A partir de septembre, la programmation devrait permettre de voir le travail d’un artiste local différent à chaque exposition, en dialogue avec le travail d’un autre artiste, de Tours ou beaucoup plus loin… Il est encore temps, jusqu’au 12 mars, de voir la première exposition du lieu, proposant les photographies aériennes de Jérémie Lenoir, les sculptures de Lionel Tonda et les toiles de Christophe Lalanne. Jérémie Bruand et Julie Verin prendront la suite du 17 mars au 30 avril 2017; Marion Franzini et Stephanie Letessier du 5 mai au 18 juin.



Lionel Tonda, Jérémie Lenoir, Christophe Lalanne – photographies EXUO


C’est quoi, les Ateliers de la Morinerie?
Vous trouverez ici, en images, en son, en vidéo, sur le site AAAR, Arts visuels en Région Centre (2014) tout ce que vous voudriez savoir sur cet endroit fabuleux qui regroupe une centaine d’artistes, et une cinquantaine d’associations. Un lieu de travail artistique et de création pluridisciplinaire. Et ça fait dix ans que ça dure!
On lira aussi à profit le n°20 de la revue LAURA (2015), qui présente des artistes du lieu. On suivra aussi Odile, et son poil de cul dans le Béton, lors d’une nuit blanche à la Morinerie (2016).


Les lisières ont disparu


Marion Franzini et Stéphanie Letessier investissent la galerie associative EXUO du 5 mai au 18 juin , dans le cadre de l’exposition « Les lisières ont disparu ». Les deux artistes se sont rencontrées à l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Tours ; elles sont voisines d’atelier à la Morinerie, et suivent le travail l’une de l’autre depuis des années. Ici, leurs travaux se répondent autour des notions de paysage, de voyage entre le macroscopique et le microscopique, et celle de fragment. Et elles ont accroché leurs œuvres elles-mêmes, ensemble, à…dessein. Toutes deux jouent avec la matière « tissu». Marion Franzini peint sur toile colorée ; Stephanie Letessier imprime des photos sur soie. Toutes deux jouent avec la mise en abîme, pour « déceler une peinture dans la peinture. » Dans les toiles et les dessins de Marion Franzini, il y a des découpes et des collages. Un fragment de toile ôté sur une œuvre peut trouver sa place dans un collage ; ainsi, le « trou » devient ailleurs un ajout de matière. C’est un jeu sur la forme et la contre-forme, la composition et la décomposition, sur ce que l’on montre, et ne montre pas, comme si toute chose procédait d’une seule et même matière vivante. D’ailleurs, au mot d’ « abstrait », elle préfère, pour qualifier son travail, parler de « passage entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. » Ce jeu d’échelle se retrouve chez Stéphanie Letessier, qui imprime des photos glanées dans les archives familiales, sur internet, dans des magazines; sur de la soie, pour ensuite les détisser. Dans cette profusion d’images à portée d’œil, elle choisit celles dont les couleurs l’intéressent le plus. Car, une fois détissées, il ne reste de ces images qu’un fragment coloré, une empreinte lumineuse de ce qui a été, qu’elle offre au regard dans un écrin ou un petit cadre transparents. Impossible de prévoir la forme et l’image qui naîtra du détissage, tout comme Marion Franzini ne peut savoir quelle couleur elle obtiendra sur ses toiles, lorsqu’elle utilise des produits décolorants pour créer des motifs. Pour prolonger le travail commun mené dans le cadre de cette exposition, les deux artistes exposeront à nouveau ensemble à l’occasion des journées portes ouvertes aux Ateliers de la Morinerie (13 au 15/05), dans l’atelier de Marion Franzini.

Photos : Marion Franzini




Air d’attache


Du 30 juin au 30 juillet 2017, la galerie EXUO invite les artistes Julie Mansillon et Adrien Piard à investir ses deux salles d’exposition. Ces deux-là se sont rencontrés à l’Ecole des Beaux-Arts de Tours, dont ils ont été diplômés en 2013. D’ailleurs, l’exposition « Air d’attache » met en valeur des travaux réalisés à cette époque. Julie Mansillon y présente une vingtaine d’ « Organisme[s] », dessins à l’aquarelle et à l’encre, rehaussés de presque dorures au pyrographe. Étranges créatures, à la fois minérales et végétales – ou peut-être même des véhicules? – inspirées des tables de classification des espèces. On y voit aussi une sculpture de « pollen encré » : innombrables petites billes multicolores, réalisées une par une par l’artiste, à base de farine, d’encres, de colle, pour reproduire toutes les nuances de sa peau. Julie Mansillon dit aimer suggérer une perception tactile dans son oeuvre. Adrien Piard propose trois dessins réalisés en pleine nature au mercurochrome; trois paysages rougis. L’artiste expose aussi une quinzaine d’aquarelles, silhouettes humaines, hommes et femmes, à nu ou non, et qui mettent dans l’oeil l’estampe japonaise. On y voit aussi sa sculpture Aérobic, née de la rencontre fortuite entre un pistolet à colle et un stylo. Une exposition colorée, joyeuse et délicate.



 

Post navigation

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *