Trucs de pauvre

Ces petites habitudes dont on met du temps à se défaire quand on galère un peu moins…

  • Grelotter à son bureau et se demander si c’est bien raisonnable d’allumer le chauffage. Puis mettre finalement un autre pull.
  • Convertir mentalement les prix d’objets non indispensables (vêtements, spectacles, disques, livres…) en nombre de baguettes ou de paquets de nouilles. Puis finalement renoncer à son achat.
  • Réinfuser le thé, et y ajouter préventivement un peu de cannelle, fleur d’oranger, clou de girofle, bissap, ou ce qu’il y a dans le placard.
  • Faire les courses en additionnant mentalement au fur et à mesure les prix. Recompter sur le tapis roulant de la caisse. Arborer un sourire satisfait quand la caissière annonce tout haut le prix compté tout bas.
  • Trouver des bonnes excuses en fin de mois pour échapper aux sorties proposées par les copains, même si on en meurt d’envie.
  • Hausser un sourcil incrédule et consterné quand votre banquier vous demande émerveillé comment vous faites pour n’être jamais à découvert.
  • Vérifier son compte en banque tous les matins.
  • Etre vegan par la force des choses, et rire un peu jaune quand quelqu’un vous félicite, parce que « pour nous, c’est dur d’arrêter la viande ! »
  • Connaitre le cours de la pomme de terre sur plusieurs marchés, Biocoop, Ruche qui dit oui du territoire.
  • Envoyer des sms, taper à l’ordi avec des gants
  • Éprouver le besoin urgent de rappeler quelqu’un quand tout le monde raconte ses vacances dans des pays lointains, et que vous sentez qu’on va vous poser la question fatale « Et toi, alors, tu as fait quoi de ton été ? »
  • Ne rien répondre, mais sourire, si on vous traite de radin.
  • Culpabiliser quand le prix d’un achat dépasse 30€.
  • Dire bonjour aux agents d’entretien et de sécurité, qui sont souvent étonnés.
  • Se regarder avec inquiétude dans le miroir ou la surface vitrée la plus proche quand un interlocuteur affirme que quelqu’un d’autre a « une gueule de cas soc' ».
  • Encaisser dignement le désamour d’une conquête qui dit s’ennuyer avec quelqu’un qui ne sort jamais, ne fait rien sur un coup de tête, et pourrait faire un effort pour être plus élégante ; sans apporter aucune explication.
  • Rire intérieurement quand des personnes assez aisées parlent de lutte des classes et de prolétariat.
  • S’enrouler hermétiquement dans sa couette, façon nem, pour faire face aux nuits d’hiver, en remerciant le ciel d’avoir déjà un lit et un toit.
  • Acheter tout d’occasion, et rire qu’on vous traite de « bobo ».
  • Avoir le cœur qui s’emballe dès qu’il y a une enveloppe blanche à fenêtre dans la boite aux lettres.
  • Sourire poliment quand un ami se plaint de payer trop d’impôts pour entretenir des fainéants, mais-pas-toi-c’est-pas-pareil.
  • Manger du riz-cassonade le matin, parce qu’il en restait d’hier soir.
  • Mettre des boules Quiès, et parcourir avec soulagement, émerveillement, sa bibliothèque, loin des discours imbéciles qui accusent les pauvres de faire exprès de l’être.
  • Repérer immédiatement les gens qui font la manche dans la rue, et leur répondre poliment.
  • Se dire que les dates de péremption, c’est pour les gogos. Ou les chochottes. Ou les deux.
  • Acheter du chocolat pour faire un gâteau. Puis se rappeler qu’il n’y a pas de farine, ni d’œufs, et qu’on a pas de four. Et que le gâteau au cuit-vapeur, c’était infect. Manger le chocolat comme ça. Ou fondu dans un bol sur le radiateur avec une banane.
  • Observer une minute de silence devant la laverie, en souvenir de tous ces sacs très lourds qu’on y a apporté, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige.
  • Réprimer un fou rire quand un ami africain vous soutient que tout le monde est riche en France, alors qu’il ne comprend pas pourquoi vous ne venez pas le voir pendant ses vacances à Paris.
  • Avoir toujours des pièces dans ses poches, mais pas de porte-monnaie.
  • Etre généreux avec les artistes payés au chapeau, et déposer le plus discrètement possible son offrande.
  • Faire la queue avec le vulgum pecus, et être gêné quand on vous arrache de la file pour vous faire entrer directement, « mais il fallait entrer directement ! »
  • Se demander « comment je vais le réparer ? » quand on casse quelque chose.
  • Développer des ruses de Sioux pour garder son thé chaud le plus longtemps possible, comme enrubanner la théière dans une écharpe en laine.
  • Connaitre tous les usages cosmétiques, thérapeutiques, sanitaires de produits pas chers et efficaces comme le bicarbonate de soude, le citron, la lavande, l’huile d’olive, le gros sel, le romarin, le miel…
  • Laisser les gens supposer que vous êtes assistant social, puisque vous semblez connaitre si bien les dispositifs d’aides et leurs conditions d’accès.
  • Pleurer de joie à l’arrivée des premières fleurs de cerisier du Japon
  • Se demander pourquoi tous ces gens qui envient les pauvres ne candidatent pas pour le poste : il y en a plusieurs à pourvoir.

  2 comments for “Trucs de pauvre

  1. 24 octobre 2017 at 10 h 58 min

    Apprécier ce genre de billet qui a l’air anodin mais qui nous concerne tous personnellement quand nous pratiquions encore assidûment ces « trucs de pauvres »…

    Ceci est une merveille d’article Warda. J’aime.

    • Warda
      Warda
      24 octobre 2017 at 12 h 05 min

      Merci Ecclésiaste! Je ne doute pas que ce billet rappellera des souvenirs à certains, et peut-être, qui sait, qu’il en fera réfléchir quelques autres? Merci pour tes billets plein d’humour, au passage, c’est toujours un plaisir de te lire!

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